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L’arrivée de la voiture autonome va entraîner un changement de posture pour les assurances, qui vont devoir nouer des partenariats avec les constructeurs automobile afin de devenir parties prenantes du développement de cette technologie.

Dans sa voiture autonome flambant neuve, Jean lit son journal tout en sirotant un jus d’orange. Tout d’un coup, la voiture pile. Il lève les yeux : son véhicule vient d’emboutir un réverbère pour éviter le camion de livraison qui lui avait refusé la priorité. En cause : l’algorithme de pilotage développé par le constructeur, dont l’assurance va devoir indemniser la ville pour le mobilier urbain endommagé. Ce scénario relève-t-il de la science-fiction ? Pas si sûr.

Responsabilité sans faute

e plus en plus, c’est l’assurance du constructeur qui va être mise en cause plutôt que celle du propriétaire du véhicule, qui n’aura d’ailleurs de raison d’être qu’en cas de reprise en main manuelle du véhicule autonome. En effet, ce sera l’algorithme présent dans l’ordinateur de bord du véhicule qui sera amené à déterminer les choix à réaliser dans certaines situations d’urgence.

Pour caractériser cette nouvelle forme de responsabilité des constructeurs, certains parlent de "responsabilité sans faute". Les assurances vont donc être amenées à nouer des partenariats stratégiques avec les constructeurs automobiles.

Ainsi, elles seront davantage associées à la conception de ces algorithmes de conduite, ce qui n’est pas sans poser des questions éthiques. Dans une situation d’urgence, comment arbitrer entre la sécurité de l’occupant et celle d’une tierce personne ? Si l’accident a lieu au moment de la reprise en main du véhicule par le conducteur, comment déterminer qui de la voiture ou de son occupant est véritablement responsable ? Enfin, quid du risque de piratage informatique ? Autant de questions aujourd’hui à l’étude et auxquelles les assureurs, en collaboration avec les constructeurs, vont devoir apporter des réponses.

En s’associant aux constructeurs, les assureurs vont également pouvoir imposer quelques garde-fous techniques. Certains acteurs travaillent déjà à l’installation de boîtes noires semblables à celles des avions afin d’avoir accès à l’ensemble des données relatives aux décisions prises par le véhicule, le conducteur, ainsi qu’aux données relatives à l’environnement extérieur qui seront recueillies par la batterie de capteurs équipant ces véhicules. Or les assureurs devront disposer d’un accès direct à ces données, qui appartiennent en premier lieu au constructeur, en cas d’accident ou de collision. Assureurs et constructeurs doivent donc commencer par relever ensemble le défi de la définition et de la mise en œuvre de procédures standard de communication de ces données.

Des routes plus sûres

Plus globalement, les assureurs vont devoir faire évoluer leur modèle économique. D’après le cabinet de conseil KPMG, les voitures sans chauffeur permettraient de réduire le risque de collision de 80% d’ici à 2040. On considère généralement que trois quarts des accidents sur les réseaux de proximité s’expliquent par l’habitude, l’humain ayant tendance à diminuer son niveau de vigilance lorsqu’il se trouve sur une portion de route qu’il connaît. Ce n’est pas le cas de la voiture autonome qui, elle, est sur un apprentissage continu.

Les assurances ont donc bien compris que l’arrivée de la voiture autonome était inéluctable et qu’il ne fallait pas chercher à l’éviter mais, au contraire, à l’anticiper. En effet, d’après le cabinet de conseil Oliver Wyman, de 20 à 30% du parc automobile devrait être composé de voitures autonomes à l’horizon 2035. Le futur commence aujourd’hui .