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Et si l’inconfort était une cure de jouvence ? C’est la conviction d’un courant "anti-ergonomique" venu du Japon, qui lutte contre l’aide et l’assistance systématique pour célébrer au contraire les petits efforts quotidiens.

Quel intérieur pour bien vieillir ?

Le vieillissement de la population pose des défis aux architectes et experts de l’aménagement de l’habitat. Leur but est simple : il s’agit de faciliter la vie des personnes âgées avec des intérieurs hyperfonctionnels, pensés pour produire le minimum d’efforts. Equipements qui anticipent les besoins, revêtements stables, mobilier accessible, rangements pratiques… Il parait logique de ménager au maximum les corps de nos aînés.

Pourtant, une tendance prône exactement l’inverse. Prenant en compte que la sédentarité et l’absence d’efforts physiques sont des facteurs connus de vieillissement, les partisans de l’anti-ergonomie veulent vivre gênés, que rien ne soit trop facile. Pour eux, une vie trop assistée serait tout simplement nocive. Les efforts routiniers (se baisser, monter des marches, chercher un objet à bout de bras, débloquer un tiroir coincé) ne sont-ils pas en fait la meilleure des gymnastiques ?

La "maison obstacle" japonaise

L’idée a été mise en pratique au Japon depuis 10 ans, sous l’impulsion de l’artiste et architecte Shusaku Arakawa, et de sa femme, Madeline Gifs, poétesse et philosophe, aujourd’hui tous deux décédés. Dans la banlieue de Tokyo, ils ont imaginé des appartements d’un tout nouveau genre, volontairement non-fonctionnels et surprenants : sols légèrement pentus, couleurs vives et variées, poignées de portes capricieuses, plafonds un tantinet trop bas, lavabos surélevés… L’objectif de ces lofts colorés tout droit sortis d’un manga n’est pas d’occasionner des fractures du col de fémur, mais bien de dérouter pour garder les séniors alertes et éveillés à leur quotidien. Un concept érigé en philosophie par Arakawa et sa femme, qui ont créé une fondation centrée sur la recherche d’une architecture plus saine pour le corps et l’esprit.

L’habitat comme thérapie quotidienne ? L’idée fait son chemin et pourrait pousser la maison anti-ergonomique à dépasser les frontières nippones.

Pour en savoir plus sur l'habitat thérapeuthique (en anglais)