Publié le

Thérèse Clerc, initiatrice de la Maison des Babayagas, a créé en 2014 "l'Université du Savoir du vieillir autrement" (Unisavie) pour penser et vivre la vieillesse différemment et modifier le regard de la société à son égard. Entretien.

Quel est l’objectif d’Unisavie?

La question de la vieillesse est trop souvent traitée sous l’angle de la maladie, du soin et de la dépendance. En France, on dénombre 17 millions de personnes de plus de 60 ans. 850 000 d’entre elles souffrent de maladies neurodégénératives et 500 000 d’un handicap touchant un des cinq sens. La grande majorité des personnes âgées - 15,5 millions d’individus - sont en bonne santé et préfèrent continuer de vivre normalement, de manière épanouie. Le mot "vieux" est devenu un mot triste, un mot rimant avec solitude… Nous revendiquons son utilisation. La vieillesse n’est pas une maladie. Vieillir, c’est vivre, c’est avoir des projets, c’est continuer à être. Nous, les vieilles et les vieux, nous aspirons à une vie responsable de nous-mêmes, jusqu’au dernier instant, dans un réseau de lien social fort.


L’Unisavie défend cela. Ces premiers ateliers ont ouvert leurs portes début 2015.

Et pour se faire, L’université encourage la recherche d’innovations sociales et culturelles sur le "vieillir autrement"…

Tout à fait. Il faut développer les initiatives locales et citoyennes, et encourager les démarches de créations de lieux de vie. Il y a un mouvement sociétal qui se dessine, avec des enjeux politiques. L’UNISAVIE se veut un des lieux de réflexion et d’élaboration d’une vie citoyenne à part entière…

Quelles thématiques allez-vous aborder au sein de vos ateliers mensuels ?

A la mi-mars, Rose-Marie Lagrave, sociologue et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), est intervenue sur le thème de la sexualité des personnes âgées. Elle a évoqué notamment cette question à travers le prisme de romans et d’œuvres d’autofiction d’écrivains contemporains.

En avril, une étudiante en journalisme de Sciences Po fera un exposé sur la représentation des vieux dans la presse. Au mois de juin, aura lieu une garden-party. A cette occasion, un couturier organisera un défilé de vêtements gais, drôles et confortables, destinés à des personnes âgées.
Le mois suivant, deux femmes siciliennes spécialisées dans les polyphonies et harmoniques de la Méditerranée animeront un atelier intitulé "corps et voix". Se remettre en voix c’est aussi faire re-circuler les énergies, faciliter l’écoute et la fluidité de la parole.

Enfin, nous allons mettre en place un "atelier du vide", un lieu de conscience profonde : le corps est un bel instrument que l’on remplit de beaucoup de choses inutiles. Toutes les traditions du sacré chantent les vertus du silence intérieur et de la méditation. C’est ce champ-là que nous nous tenterons de nous réapproprier, ici, dans ce monde de plus en plus bruyant.