Publié le

Des start-up valorisées plus d'un milliard de dollars avant même leur entrée en Bourse, des levées de fonds de centaines de millions d’euros… Certaines start-up ont de quoi faire rêver les entrepreneurs, mais étonnent le commun des mortels : comment des sociétés qui ont aussi peu d'actifs – pas d'usine, peu de salariés, des serveurs informatiques – peuvent-elles valoir autant ? Doit-on se protéger d’une bulle numérique ?

L'entreprise française BlaBlaCar, spécialisée dans le covoiturage, vient d'être valorisée 1,4 milliard d'euros, à l’occasion d'une levée de fonds en septembre. Elle rejoint un club fermé : celui des licornes, ces jeunes pousses dont la valeur estimée dépasse la barre symbolique du milliard de dollars avant même leur entrée en Bourse.

Et la Licorne apparaît

Les licornes, animal introuvable des contes pour enfant ou start-up, donc… C’est ces improbables martingales que chassent les investisseurs, dans l’espoir de remporter une mise impressionnante, compensant d'éventuelles pertes sur des paris moins heureux. Les fonds de capital-risque sont pour autant prudents. La chasse à la licorne suit certaines règles. Les start-up doivent être prometteuses mais surtout, performantes. Les jeunes entrepreneurs doivent convaincre avec un rendement attractif et un potentiel de croissance exceptionnel. Pour se faire, ils mettent parfois en place une stratégie marketing pour grandir très rapidement, dite de "Growth Hacking", littéralement "piratage de la croissance". Si la définition de cette pratique varie, l’objectif est toujours le même : obtenir un maximum de trafic transformé sur leur site, c’est-à-dire de vrais clients, en un minimum de temps et pour un coût limité.

Un peu de malice, beaucoup de culot

L’exemple le plus courant est celui d’AirBnB, le site de location temporaire. A ses début, les fondateurs ont proposé à leurs utilisateurs de dupliquer automatiquement leur annonce sur celle de Craigslist, le site de petites annonces le plus utilisé aux États-Unis. La start-up bénéficiait ainsi d'une exposition sans égal, tandis que la transaction s'effectuait toujours sur leur site. Cette pratique de détournement d'un service déjà existant – d’où la notion de "piratage" – leur a permis d’avoir le nombre d’utilisateurs nécessaire au lancement de leur service. En France, Uber s’est associé à des applications de carte de métro ou de sortie pour proposer une commande en un clic… "Il y a un côté un peu cowboy au début", décrypte Guillaume Cabane, responsable du Growth Marketing au sein de la start-up Mention, une application de veille Media. "Le seul but est d'avoir une croissance très rapide, et rentable".

Une bulle dans le capital risque ?

Cette pratique de "Growth Hacking" offre donc un tremplin pour les start-up… qui permet parfois la naissance de licornes. A telles point que l’animal mythique n’est plus si rare que ça dans la jungle de la net économie : elles sont désormais plus d'une centaine dans le monde. Mais une question demeure. Assiste-t-on à une bulle ? Car certes, les startups témoignent d’une réelle rentabilité grâce au growth marketing… Mais attirés par ces perspectives de croissance toujours plus grandes, les capitaux-risqueurs ne surestiment-ils pas la valeur de ces entreprises ? L'apparition d'une nouvelle bulle dot-com est donc crainte. Et si chacun y va de son pronostic, l'inquiétude, elle, est bien partagée.