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A quoi ressembleront les villes de demain ? Cette question se pose également pour Paris. Sous l’égide d’Anne Hidalgo, un concours est lancé pour imaginer le Paname du futur : une métropole intelligente et durable, maillée par les technologies numériques, et où tous les réseaux (transports, énergie, déchets…) sont intelligents. Et dans la vraie vie, qu’est-ce que cela veut dire ? Notre reporter du futur s’est promené dans la ville de nos petits-enfants.

Paris, 4 octobre 2050. "18h30, déjà ?". Mes smartlunettes vibrent : c’est l’heure de rentrer si je veux arriver à temps à l’apéro qu’organise un ami. Je m’empresse de quitter mon bureau, au 37e étage d’une immense tour végétalisée de Montparnasse. Sa façade recouverte de plantes et d’algues ondule au vent, en captant les rejets de CO2. Les villes préservent mieux leur environnement, et c’est aussi grâce à l’urbanisme écologique qui pousse un peu partout dans Paris depuis une vingtaine d’années.

"A une intersection, un vieux feu tricolore trône en dernier vestige du passé"

En selle ! Je débloque l’antivol de mon vélo électrique d’un simple doigt sur le détecteur d’empreintes. Mes lunettes m’indiquent le trajet optimal pour éviter les éventuels bouchons tout en réalisant mon objectif sportif du jour. Comme prévu, le trafic est fluide et sûr. D’ailleurs beaucoup de personnes ont profité de la douceur de la soirée pour emprunter les coulées vertes. Sur mon couloir cycliste, avec la descente de la rue de Rennes, je double les bus électriques et les voitures sans conducteurs. A une intersection, un vieux feu tricolore trône en dernier vestige du passé : plus besoin de signalisation, les véhicules s’adaptent en temps réel à la route, ralentissent et s’arrêtent d’eux-mêmes. Il faut bien reconnaître qu’il y a beaucoup moins d’accidents.

"On peut se baigner dans la Seine, et en plus, le courant du fleuve produit de l’électricité."

Au carrefour Saint-Germain, l’été indien dépose sur les toits à énergie solaire une belle lumière, qui alimente en électricité et chauffage les bâtiments. Un peu avant le pont des arts, je traverse "Triton", le tout nouveau pont hydrolien. C’est que la Seine a changé ! Non seulement on peut (enfin) s’y baigner, mais en plus le courant du fleuve produit de l’électricité. J’appuie sur les pédales sur le secteur pavé. "658 visiteurs actuellement dans le Louvre", indique la façade de la pyramide. Non loin, un drone guide le flux des touristes dans leur découverte de la capitale. Outre les petits engins volants bien pratiques, les visiteurs peuvent compter sur les nombreuses bornes publiques LiFi* pour demander une information ou réserver un billet.

RUE DE RIVOLI - MOUNTAIN TOWERS

Rue de Rivoli - Moutain Towers - ©Vincent Callebaut Architectes

PORTE D'AUBERVILLIERS - FARMSCRAPERS

Porte d'Aubervilliers - Farmscrapers - ©Vincent Callebaut Architectes

PETITE CEINTURE - ANTISMOG TOWERS

Petite ceinture - Antismog Towers- ©Vincent Callebaut Architectes

"Le trottoir piézoélectrique transforme les pas des passants en énergie"

Un autre vrombissement me fait lever la tête quelques coups de guidon plus loin. Un A.N.G.E. (Auto-Navette Gardienne Express) vole à toute vitesse vers l’hôpital Saint-Louis. Un organe synthétique imprimé peut-être ? Les drones d’intervention rapide (SAMU, pompiers, police) ne surprennent plus personne de nos jours. Il paraît qu’ils ont divisé par 3 les délais de prise en charge des personnes en détresse.
Rue de Rivoli, j’admire les célèbres Mountain Towers de l’architecte Vincent Callebaut, ces tours de verre à énergie positive juchées sur les bâtiments historiques, et qui surplombent les Tuileries. Une foule en sort les bras chargés de courses et se presse sur les trottoirs. "Ca en fait de l’énergie", me dis-je, pas peu fier d’avoir travaillé sur le projet de trottoirs piézoélectriques parisiens, qui transforment les pas des passants en courant… Vers Opéra, je dois faire un saut à "La ferme en ville", une grande ferme verticale qui offre une panoplie de fruits et légumes… de saison !. Je consulte la liste des courses, transmise directement depuis mon frigo. Chargé de belles tomates cueillies directement sur le plan, j’arrive enfin aux abords du nouvel EcoQuartier Pigalle. Le vélo me guide vers la place disponible la plus proche.

"On se chauffe au gaz de déchets aujourd’hui !"

C’est jour de collecte semble-t-il : un camion de la Mairie aspire les ordures ménagères aux "cheminées-poubelles". Depuis les appartements du quartier, les déchets arrivent par voie souterraine à ces zones de stockage. Elles serviront à produire l’électricité et le chauffage urbains via des centrales de combustion. On se chauffe au gaz de déchets aujourd’hui ! Dans mon appartement, la lumière, gérée par le compteur intelligent un peu ancien (il a plus de 30 ans je pense), s’allume automatiquement lorsque je pénètre dans l’entrée de mon appartement, puis s’éteint dès que je franchis la porte du salon.
L’horloge énergétique m’indique que notre production d’électricité est légèrement inférieure à notre consommation, mais pas de quoi s’alarmer !
Mes lunettes s’affolent… Deux de mes amis ont notifié être arrivés à notre point de rendez-vous. Hop, une chemise propre tout juste sortie du cycle que j’ai lancé depuis le bureau.
Dehors, les lampadaires LED alimentés par l’énergie solaire s’allument peu à peu, s’adaptant en douceur au soleil déclinant sur la Ville Lumière. Au pied de l’immeuble, mes voisins échangent les derniers commérages du quartier, bien installés dans le salon collectif à ciel ouvert avec son petit potager arrosé automatiquement par récupération des eaux de pluie. J’ai quand même réussi à être en retard. Certaines choses ne changeront jamais…

* Light-Fidelity. Technologie de transmission des données numériques par la lumière.