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Ils sont 22 millions, représentant près du tiers des Français, et une part croissante de la population active : les séniors. Une population aux compétences précieuses, et qui ne demande qu’à aider. C’est ce qu’a bien compris Denis Jacquet, fondateur de l’Accélérateur de Croissance, qui nous raconte pourquoi il a lancé un incubateur intergénérationnel.

Ne pas raccrocher les crampons

Quand sonne l’heure de la retraite, un tiers des séniors déclarent avoir envie de poursuivre une activité, même partielle(1). Ce constat est corroboré par les études, de la fondation Mac Arthur, reconnue pour son expertise sur les plus de 50 ans, qui donnent la recette d’un "vieillissement réussi". Il passerait notamment par l’engagement social et le maintien d’un niveau d’aptitudes intellectuelles et physiques élevé(2). Un constat qui semble évident à Denis Jacquet, ancien HEC et entrepreneur multirécidiviste : "Aujourd’hui, à 60 ans, les gens sont en pleine forme", explique-t-il. "Ils n’ont pas envie d’être mis sur la touche, ils veulent rester actifs !".

Pour un sénior impliqué, c’est quatre jeunes embauchés !

Y a-t-il un sénior pour sauver ma TPE ?

En France, la moyenne annuelle de création d’entreprises, en comptant les auto-entrepreneurs, dépasse les 500 000 par an(3), près du double de la moyenne européenne ! Cocorico ? Presque, car 3 ans plus tard, la moitié d’entre elles auront mis la clé sous la porte(4). En cause entre autres, le manque d’argent pour s’offrir des compétences spécifiques, comme les achats, les ressources humaines ou la finance… L’Accélérateur de Croissance, lancé par Denis Jacquet, est un incubateur qui met en contact des start-up et des séniors qui ont envie de s’investir. "On fait se rencontrer une envie de s’engager avec une belle idée, dans un objectif de croissance", résume-t-il. "Il y a eu des préjugés à faire tomber, certains entrepreneurs pensaient que les seniors étaient trop vieux pour comprendre l’économie digitale : ils ont vite changé d’avis !".

Faire rimer expérience avec croissance

Les petites sociétés sélectionnées bénéficient de l’accompagnement de "silvers-coachs" pendant 3 ans. Le profil des conseillers ? De jeunes retraités, des chômeurs et des cadres détachés par des grands groupes. L’aide apportée par ces experts très qualifiés est fonction des besoins : contrôle des achats, ouverture sur l’international, gestion avisée, carnets d’adresses… De quoi permettre à la petite entreprise de franchir des caps critiques en étant mieux armée. Et Denis Jacquet a de belles histoires à raconter, comme au sujet de cette jeune société de cosmétiques : "ils avaient de bons produits mais aucune porte d’entrée sur un marché ultra-concurrentiel. Deux anciens cadres de L’Oréal les ont pris sous leur aile et leur ont ouvert les bonnes portes. En deux ans, ils ont triplé leur chiffre d’affaire !".

Un succès qui vise avant tout la pérennisation des entreprises : "Toutes les boîtes que nous avons accompagnées existent toujours", se félicite Denis Jacquet, "c’est un vrai exploit ! En moyenne, pour l’intervention d’un sénior, les sociétés ont pu embaucher quatre jeunes ensuite". Et les séniors qui le souhaitent ont pu continuer à s’impliquer dans les projets, parfois en en devenant actionnaire. Le modèle marche si bien qu’il a commencé à faire des petits : un Technopole centré sur l’énergie solaire à Chambéry, un incubateur à Nice et des ouvertures prévues prochainement à Marseille, Lyon et Dijon. Vous avez un projet de start-up ? Pensez à lui administrer une bonne cure d’expérience !

(1) Sondage Institut des Séniors mars 2014 – réalisé sur un échantillon représentatif de 1000 personnes de 50 à 70 ans.
(2) Rowe J.W., Kahn R.L.: Successful Aging, Pantheon Books, NY, 1998.
(3) Source APCE 2013, cumul entreprises et auto-entrepreneurs
(4) Etude Coface sur le développement des start-up en Europe. La France est 15°, devant l'Espagne et l'Italie, mais loin derrière les pays nordiques et la Suisse. E premier lieu à cause des difficultés de financement.