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C’est un salon de coiffure social pour se réinsérer en beauté. Son nom ? Joséphine. Créé en 2011, il est le premier salon en France qui permet aux femmes les plus démunies d’avoir accès à des soins professionnels à des prix dérisoires.

Un salon presque comme les autres

"Joséphine m’a même offert un soin du visage, aujourd’hui… Parce que c’est mon anniversaire et que mes filles n’ont pas pu me faire de cadeau. J’étais un peu triste. Mais maintenant, ça va mieux. Et puis, je me sens belle." Anna, visage radieux malgré ses cheveux mouillés et la serviette sur les épaules, ne tarit pas d’éloge sur le salon de coiffure dans lequel elle passe sa matinée. Elle papote un peu, avec le coiffeur, Mehdi. Elle se confie un brin et, sans cesse, remercie.

Joséphine… On parle d’elle comme si c’était une amie. C’est le nom du salon. Dans le 18ème arrondissement de Paris, il ressemble à tous les salons de coiffure. Jolie décoration, produits de marque, grands miroirs… Et, confortablement installées, des femmes échangent, ou lisent les magazines. Un salon comme les autres, ou presque. Joséphine, c’est en réalité une "association pour la beauté des femmes", créée par Lucia Iraci, coiffeuse professionnelle et à la tête d’un salon chic de la capitale, où défilent artistes et personnalités du monde des affaires.

Tête haute et bien coiffée grâce à Joséphine
Salon Joséphine

Pour la beauté des femmes

Tête haute et bien coiffée grâce à Joséphine
Salon Joséphine

Pour la beauté des femmes

JOSEPHINE-DSC-8850
Mehdi

Pour la beauté des femmes

Tête haute et bien coiffée grâce à Joséphine
Salon Joséphine

Pour la beauté des femmes

Tête haute et bien coiffée grâce à Joséphine
Salon Joséphine

Pour la beauté des femmes

L’estime de soi, une aide à la réinsertion

"Je ne suis pas allée chez le coiffeur depuis plus d’un an. Je fais seule mon shampoing et, quand je peux, une couleur", témoigne Ewa qui, pour la première fois, a poussé la porte du salon. "Mais le coiffeur, je ne peux vraiment plus me le permettre", confie cette femme de 62 ans. Ingénieur-chimiste de formation, elle ne compte plus le nombre de candidatures qu’elle a envoyées, sans réponse. Pourtant, elle continue, espère toujours un retour positif, pour avoir un travail qui lui permettrait, aussi, de percevoir plus que les 16,11 euros par jour de l’Allocation spécifique de solidarité (ASS). Malgré tout, elle garde l’espoir. Cependant, comment faire pour prendre soin de soi, quand il faut économiser en permanence ?

"Retrouver l’estime de soi est aussi important que se nourrir ou avoir un toit. Car si on se sous-estime, comment retrouver un emploi ?" explique Lucia Iraci. "Ce qui m’intéresse, c’est le terrain, c’est de faire en sorte qu’une transformation positive de l’être humain puisse se réaliser par son apparence", précise-t-elle avant d’ajouter : "J’aime que les choses se fassent vite. La souffrance et la précarité n’attendent pas". Alors, pendant un an, les femmes peuvent venir, recommandées par une assistante sociale ou d’autres associations comme le Secours Populaire Français, les Restos du Cœur. Tout est fait pour les aider à se sentir mieux. "Nous suivons ces femmes pendant un an. Au-delà ce serait de l’assistanat ; mais elles peuvent revenir au bout d’une trêve de six mois. Et si la réinsertion réussit, nous continuons à les suivre pendant deux mois", précise la fondatrice du lieu. Car l’idée est aussi de leur apprendre à "garder la tête haute". Nous leur délivrons des clés pour la coiffure, le maquillage, les soins du visage, la manucure… ".

Retrouver l’estime de soi est aussi important que se nourrir ou avoir un toit. Car si on se sous-estime, comment retrouver un emploi ?

Des paillettes pour retrouver le sourire

"Ça y est. Je suis belle !" s’exclame Sophie. Elle a 61 ans. Une coupe et un soin du visage plus tard, elle se sent mieux que lorsqu’elle est arrivée, en début de matinée. Son visage s’illumine quand elle se regarde dans la glace. Arborant un sourire malgré sa timidité certaine, elle précise : "Ici, un soin du visage coûte 1 euro. Je n’en avais pas eu depuis 30 ans". Impossible de s’en offrir : elle ne perçoit que 542 euros par mois, juste de quoi payer sa nourriture et les factures de son appartement – et "par chance, je suis propriétaire" reconnaît-elle. "Vous savez, quand j’ai les cheveux gris, longs et mal coiffés, ça ne fait pas bonne impression. Mais je ne veux pas me laisser aller même si, à mon âge, j’ai peur de ne pas retrouver d’emploi…".

A 30 ans, Clara, elle, espère que son chômage trouvera une fin sans tarder. "C’est la deuxième fois que je viens, explique cette titulaire d’un DESS en gestion. Quand on ne travaille pas et que les revenus chutent, ça fait du bien de se faire chouchouter. De garder ce petit plaisir. Et de voir comment ils nous coiffent et nous maquillent pour essayer de faire aussi bien chez nous".

Dans ces "ils", il y a Mehdi. Pendant plusieurs années, il a été coiffeur et maquilleur de studio. "J’en avais marre de ce côté superficiel. J’ai entendu parler de Lucia et de son projet. Ça m’a interpelé". Présent dès le début de l’aventure, il travaille ici à plein temps, au point d’être devenu le confident voire le chouchou de ces dames. "Elles sont toujours heureuses de ce qu’elles reçoivent" nous confie-t-il. "Je leur donne un peu des paillettes que j’ai connues dans mon métier précédent". Ajoutées à ses coupes d’expert et aux différents soins prodigués chez Joséphine, elles illuminent le visage de ces femmes qui peu à peu, retrouvent une beauté intérieure, comme le confie Anna. Avant de conclure : "Merci Joséphine !".

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