Publié le

Avec l’éclosion des robots-compagnons, notre société entre dans l’ère de la robotique affective, ou "empathie artificielle". Un nouveau mode relationnel passionnant mais à prendre avec certaines précautions.

Qui n’a pas été interpelé par le personnage de Theodore Twombly, joué par Joaquin Phoenix, dans Her (Spike Jonze, 2013) ? Se relevant difficilement d’une séparation, il développait peu à peu une relation amoureuse avec Samantha, un programme informatique capable d’éprouver des sentiments. Scène de science-fiction ? Pas si sûr.

L’ère digitale a vu se multiplier les robots ces dernières années et ceux-ci prennent une place grandissante dans notre quotidien. Et ce n’est que le début. Les mondes industriels et scientifiques sont mobilisés pour faire avancer ce qu’on appelle l’"empathie artificielle". L’enjeu : rendre les robots plus conviviaux et leur donner la possibilité d’exprimer des émotions, tout en détectant celles de leurs interlocuteurs (humains). Un must quand le nombre d’interactions journalières humains/robots se multiplient. En 2014, selon CrunchBase, quelque 568 millions de dollars ont été investis à travers le monde dans des startups liées à la robotique. Il faut reconnaître que l’empathie artificielle est un domaine qui touchera une infinité d’usages : de l’accompagnement des seniors en maisons de retraite au coaching des malades, en passant par l’assistance militaire, l’éducation, les services domestiques, …

Des robots compagnons sont déjà commercialisés, à l’image de Nao et de Pepper, conçus par la société Aldebaran, capables de reconnaître et de reproduire certaines émotions. D’autres sociétés, comme RoboCARE ou Robosoft, continuent à expérimenter des modèles, en priorité pour les personnes âgées. Les prix baissant, le marché des robots va devenir tel qu’il en fera bientôt des produits grand-public.

Des émotions qui font débat…

"Les robots sont une formidable opportunité pour des secteurs comme l’éducation et la santé", admet Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, auteur de l’ouvrage Le jour où mon robot m’aimera. Vers l’empathie artificielle. (Albin Michel). "L’un de leurs premiers objectifs est de rendre de multiples services. Une personne dans un fauteuil roulant doit pouvoir commander son robot avec la voix et ce dernier doit savoir lire sur son visage la douleur ou le sommeil". Toujours selon Serge Tisseron, "l’empathie artificielle présente trois dangers. Le premier est de confondre un robot avec une créature vivante et de risquer sa vie pour lui. Le second est la menace sur la vie privée qu’implique la transmission de données personnelles via les robots. Enfin, le dernier risque est que certaines personnes aient la tentation de se détourner des humains pour privilégier les relations sans aspérité avec les robots, toujours consentants, jamais dans la contradiction. Il ne faudrait pas que les robots nous fassent oublier qu’il existe d’autres personnes à qui parler".

La frontière peut en effet sembler parfois ténue entre le réel apport de ces robots-compagnons et certains dangers de la robotique affective. De quoi plaider pour un encadrement législatif (droit à la déconnexion, utilisation data privées…) à la mesure du phénomène. Et bien sûr une approche éducative, notamment auprès des plus jeunes, pour qu’à terme les robots deviennent vraiment de bons compagnons.

Ils sont déjà parmi nous mais nous ne les voyons pas.