Publié le

A l’issue de deux semaines de négociations lors de la COP 23 de Bonn, les parties prenantes se sont engagées à dresser fin 2018 un bilan collectif de leurs émissions de gaz à effet de serre. Nouveaux besoins, nouvelles règlementations, nouveaux objectifs… Le climat a une influence croissante sur de nombreux secteurs d’activité. Les entreprises françaises sont-elles bien préparées au risque climatique ? Julien Colas, responsable du pôle Énergie-Climat d’EpE, nous en dit plus.

Quels facteurs peuvent favoriser la prise de conscience du risque climatique ?

Julien Colas : En donnant la possibilité aux entreprises d’être porteuses de solu-tions, la COP21 a joué un rôle majeur : les dirigeants sont notamment intervenus dans la presse afin d’y présenter plans et objectifs. La presse économique fait preuve d’ailleurs d’un intérêt croissant pour les enjeux liés aux risques climatiques. Cela contribue en retour à améliorer la connaissance des décideurs sur ces sujets et facilite la mise en place de stratégies au plus haut niveau au sein des entre-prises.

Le dialogue avec les scientifiques et les premiers événements catastrophiques ont aussi donné aux membres d’EpE une conscience des risques physiques du dérèglement climatique : la plupart d’entre elles sont engagées dans des démarches d’adaptation.

Le risque climatique fait peser un risque business

En quoi le climat constitue-t-il un danger pour l’activité des entreprises ?

Julien Colas : Le risque climatique fait peser un risque business. Notamment parce qu’il n’y a pas un, mais des risques climatiques. La destruction d’un site de produc-tion par une catastrophe naturelle ne constitue pas une angoisse supplémentaire, étant donné que les entreprises gèrent déjà ces risques et sont assurées contre. Toutefois, si l’existence de catastrophes naturelles n’est pas nouvelle, leur intensité semble aujourd’hui amplifiée par le changement climatique. De plus, elles peuvent mettre en danger l’approvisionnement des acteurs économiques : en 2011, Sony a ainsi été durement impacté par les inondations qui, en Thaïlande, ont touché ses fournisseurs de moteurs de disque dur.

En matière climatique, quels sont les principaux risques auxquels font au-jourd’hui face les entreprises françaises ?

Julien Colas : Au-delà des risques physiques, le risque règlementaire – c’est-à-dire lié aux obligations de reporting et de conformité institués par les textes nationaux et européens- est aujourd’hui omniprésent. Nombre de décisions politiques ont aujourd’hui une dimension climatique : le secteur du bâtiment est impacté par la Loi Transition Énergétique pour la Croissance Verte, les transports et l’agroalimentaire le seront par les Assises actuellement ouvertes sur ces sujets… Ces enjeux règlementaires sont importants car ils peuvent également créer des "stranded assets" : des actifs dont la valeur peut chuter en cas de modification des règles du jeu. Par exemple, si les dispositions de l’Accord de Paris entrent en vigueur, une part non négligeable des investissements actuels dans le charbon, le gaz ou le pétrole auront été faits à fonds perdus.

Quels exemples de changements de marché sont à l’œuvre à l’heure actuelle ?

Julien Colas : Dans une logique prospective, le risque de changement de marché est quant à lui majeur, puisqu’il oblige les entreprises à innover ou à modifier leur offre. Les entreprises doivent alors créer de nouveaux produits et services prenant en compte les changements climatiques à venir. Il y en a énormément ! Cela vaut pour le bâtiment, du fait des nouvelles règles de construction ou de l’accélération de la rénovation, mais aussi l’automobile, avec l’arrivée de la mobilité électrique. À titre d’exemple, Carlos Ghosn et Renault ont été parmi les premiers à investir massive-ment dans ce secteur. Grand bien leur en a pris puisque l’on parle aujourd’hui d’une possible interdiction de la vente de véhicules thermiques en Inde et en Chine à l’horizon 2030 ou 2040 ! Ce qui constitue également un autre exemple du risque règlementaire que nous évoquions auparavant.

Comment EpE aide-t-elle les entreprises à mieux s’approprier ces problématiques ?

Julien Colas : L’un de nos rôles est de faciliter l’écoute des Directeurs de l’Environnement ou du Développement Durable par leur hiérarchie. Par exemple, lors de nos petits-déjeuners, un chef d’entreprise est invité à expliquer la stratégie de son groupe en matière d’environnement, avant d’être challengé par la salle. Pour ce faire, il prend le temps de préparer cette intervention avec ses équipes concernées, ce qui approfondit et d’enrichit sa réflexion avec elles, et fait parfois naître des initiatives.

Les objectifs environnementaux impactent les modes de vie… qui impactent les activités des entreprises !

Quels sont les enjeux majeurs qu’EpE souhaite porter l’année prochaine ?

Julien Colas : Nous allons notamment engager une large réflexion prospective sur l’ objectif "zéro émission nette" à l’horizon 2050 du nouveau Plan Climat.

De nombreux changements en termes de mode de vie, de business pour les entre-prises sont à prévoir. 2050, c’est demain et les investissements d’aujourd’hui comp-tent déjà ! Grâce à la diversité de ses membres, EpE prévoit de mener un travail col-lectif afin d’enrichir cette réflexion.

EpE en quelques mots

Créée il y a 25 ans, l’association Entreprises pour l’environnement (EpE) réunit les représentants de 47 grands groupes français et internationaux, afin de partager leurs bonnes pratiques en matière de prévention et maîtrise des risques climatiques et par-ticiper ainsi à un mouvement vertueux.

Crédit photos : mustafagull.