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La réalité augmentée, interface entre le monde réel et les données virtuelles, s’intègre petit à petit au quotidien. Bien-être, médecine, prévention… Qu’apporte-t-elle et que change-t-elle au vaste secteur de la santé? Début de réponse avec Grégory Maubon, consultant expert en réalité augmentée.

Comment la réalité augmentée s’intègre-t-elle au secteur médical ?

Grégory Maubon

De nombreuses utilisations de la réalité augmentée, (RA) existent en médecine, souvent à l’état de prototype. Elles font partie d’une solution globale comprenant de la réalité virtuelle, de la robotique… En chirurgie, elle est testée pour aider à mieux visualiser ce qui se passe à l’intérieur du corps d’un malade, pour guider le geste du chirurgien via des lunettes, une tablette ou encore une projection sur le patient. La RA est également utilisée pour former les étudiants en les mettant en situation face à des patients auxquels ils doivent, par exemple, poser une perfusion.

La réalité augmentée facilite la vie du soignant et peut servir de médiateur.

Quels sont les autres intérêts de la réalité augmentée en médecine?

La RA facilite la vie du soignant et peut servir de médiateur. J’ai travaillé sur une application qui permettait à un patient de voir l’évolution de sa plaie s’il suivait bien le traitement. Or l’une des principales causes de surinfection est l’arrêt prématuré du traitement, le patient ayant l’impression d’être guéri ou ne voyant pas d’évolution. L’objectif est donc de le motiver à aller au bout.

Certaines applications concernent aussi le matériel médical à domicile, comme les pompes à insuline. Les modèles, très nombreux, ne sont pas toujours connus du soignant. Avec la RA, ce dernier peut reconnaître la pompe et obtenir, dans 90% des cas, les instructions utiles. Techniquement peu complexe, ce genre de solutions peut être imaginé dès maintenant et rendre de véritables services à l’ensemble de la chaîne médicale.

Et en matière de prévention ?

Les domaines de l’e-santé, du bien-être et de la prévention explosent à l’heure actuelle. Un grand nombre d’applications sont testées, notamment dans le sport : courir aux côtés de son propre coach virtuel, d’autres personnes ayant fait la même course à un autre moment, de ses amis… L’idée est de "gamifier" le sport en alliant jeu et bien-être. D’autres applications incitent à l’exercice physique alors que ce n’est pas leur but premier : le jeu Pokemon Go en est un bon exemple, dans le sens où il oblige les joueurs à se déplacer.

Qui porte les responsabilités liées à l’utilisation de ce type d’applis ?

Je ne pense pas que la responsabilité soit vraiment modifiée par rapport à l’utilisation d’autres outils. Prenons l’exemple d’une application, Docteur Mole, qui permet d’estimer la dangerosité d’un grain de beauté en analysant son contour, sa couleur… Ses limites et sa vocation éducative sont spécifiées, comme sur tout produit, dès l’ouverture de l’application. Quoiqu’il en soit, les applications, et surtout les programmes d’intelligence artificielle qui les accompagnent, constituent un formidable outil pour pallier les problèmes d’accès aux soins. Il revient donc aux professionnels de s’emparer de ces possibilités afin de les rendre aussi efficaces que possibles.

La réalité augmentée est un outil qui va ouvrir de nouvelles possibilités sur les pratiques actuelles.

Quel pourrait être l’impact de la réalité augmentée sur le secteur de l’assurance ?

Il n’est pas direct, mais lié à la prévention. Grâce à son aspect ludique, la RA va encourager les pratiques qui diminuent les risques. On peut imaginer des partenariats entre un jeu et un assureur, par exemple : concernant le sport, on constate qu’il y aura moins d’accidents cardiovasculaires dans une population qui marche plus ; c’est donc l’assureur qui sort gagnant.

On entrevoit une multitude de possibilités d’utilisation. La réalité augmentée va-t-elle révolutionner la santé ?

La RA est un outil. Même si elle rend certaines actions plus faciles, ludiques ou rapides, même si les modalités changent, le cœur du sujet reste le même : faire marcher les gens, faciliter le travail des soignants, etc. Je ne suis donc pas sûr qu’elle va révolutionner les modèles pour le moment – surtout vu l’état financier du système de santé en France. Mais elle va en tout état de cause ouvrir de nouvelles possibilités sur les pratiques actuelles.