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L’architecte danois Jan Gehl milite en faveur de villes à échelle humaine. Si ses idées sont aujourd’hui à la mode de Paris à Londres, il se bat depuis plus de 50 ans pour convaincre les urbanistes. Les idées de ce visionnaire dessinent-elles notre ville de demain ?

Venise plus que Brasilia

Avez-vous déjà pesté en cherchant une place de parking en centre-ville ? Cet agacement est le petit prix à payer pour une vie meilleure, selon Jan Gehl, un architecte brillant et humaniste, dont les idées font aujourd’hui florès. Selon lui, depuis les années 1950, l’urbanisme a privilégié la circulation des voitures au détriment de la santé et du bien-être des gens. Il soutient ainsi que le mètre-étalon de nos rues devrait être le pas et non le litre de carburant... Sa ville idéale ? Venise, ville piétonnière emblématique avec ses petits ponts et sa structure dense. Le contre-modèle à éviter ? Brasilia, bâtie au milieu des années 1950 : rues très larges, trottoirs rectilignes interminables et espaces monotones, dignes de la ville de "PlayTime " le chef d’œuvre de Jacques Tati.

L’être humain est fait pour marcher. C’est lorsqu’il va à pied que la vie se déploie devant lui dans toute sa diversité

"En vélo, Simone !"

Jan Gehl n’a pas prêché dans le désert. Sous sa houlette, Copenhague a été l’une des premières cités d’Europe à réduire la circulation automobile et le nombre des places de stationnement en centre-ville. Entre 1962 et 2005, la superficie allouée aux piétons a été multiplié par 7, passant de 15 000 à 100 000 m2. Pour quels résultats ? La protection de l’environnement tout d’abord, puisque ces changements diminuent chaque année les émissions de C02 de 90 000 tonnes. La mobilité douce aide aussi à maintenir les habitants en bonne forme, un facteur évident de santé publique.

Adopter un point de vue humain

Mais la protection de l’environnement et l’amélioration de la santé des concitoyens ne sont pas les seules perspectives de Jan Gehl. Il s’agit de philosophie, de perception du monde : "L’être humain est fait pour marcher. C’est lorsqu’il va à pied que la vie se déploie devant lui dans toute sa diversité ", insiste-t-il. Outre la création d’espaces urbains accueillants, il préconise donc de rapprocher le plus possible les fonctions urbaines (travail, loisirs, déplacements) pour éviter les ensembles "dortoirs " et permettre la réappropriation des lieux par les habitants. Il incite aussi à ouvrir les façades des rez-de-chaussée des immeubles pour favoriser l’interaction entre extérieur et intérieur et accroître le sentiment de sécurité des riverains.

Les villes enthousiastes

Ses idées sont dans l’air du temps et essaiment partout dans le monde. Londres, Melbourne, New York et San Francisco ont profité de ses conseils. Suite au tremblement de terre de 1989 qui a endommagé l’autoroute de l’Embarcadero, une des principales artères de la ville, San Francisco a transformé les lieux en un paisible boulevard urbain de transports doux : trolley, piétons et vélos. En 2002, Londres a introduit un péage urbain pour réduire la circulation automobile de près de 20%. Les sommes collectées servent à améliorer le réseau de transports en commun. De son côté, la maire de Paris prédit un centre-ville "semi-pietonnisé " d’ici 2020. Quant à New York, La Grosse Pomme a lancé en 2007 un programme de zones sans voitures à Madison Square, Herald Square et Time Square. Des études ont d’ailleurs montré que des rues animées et pacifiées étaient un facteur crucial de réduction de la criminalité. Les visions de Jan Gehl pourraient bien modeler (pour le meilleur) notre futur…

A lire : Pour des villes à échelle humaine. Jan Gehl (éditions Ecosociété, 2014).

En savoir plus sur le site de Jan Gehl