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Oublié le syndrome de Copenhague. A l’issue de 13 jours de négociations-marathon, les 195 délégations réunies au Bourget sont parvenues à adopter, le 12 décembre 2015, un accord ambitieux sur le climat. Que retenir de cette COP 21 ?

1 - Un accord historique, grâce à l’INDABA

"Ce texte sera, si vous en décidez, le premier accord universel de l’histoire des négociations climatiques. (….) Vous avez l’occasion de changer le monde, saisissez-la", insistait, solennel, le président de la République française, François Hollande, le samedi 12 décembre 2015 à midi lors d’un discours conjurant les parties à signer l’accord de Paris. A 19h30, c’était chose faite sous un tonnerre d’applaudissements. "Nous voici presque au bout du chemin et sans doute au début d’un autre", notait Laurent Fabius, le président de la COP 21. Pour obtenir cet accord, le ministre français a utilisé une méthode sud-africaine de négociation, l’INDABA, Elle consiste à réunir les négociateurs en cercles restreints et privés, pour avancer à petits pas vers des consensus à priori inatteignables... De fait, ce texte constitue bien, 13 ans après le sommet de la terre de Rio, un premier signe tangible d’une prise de conscience universelle.

2 - Des objectifs ambitieux

Les parties ont confirmé la nécessité de limiter la hausse des températures bien en deçà des 2°C d’ici 2100, et de poursuivre les efforts en direction des 1,5 °C. Une revendication qui était loin d’être acquise avant la COP 21. L’absence de réduction chiffrée des émissions de gaz à effet de serre ne constituerait pas un handicap majeur, selon Mathieu Orphelin, le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot. "Une cible de 1,5°C. signifie une réduction des gaz à effet de serre de 70 à 80% d’ici la deuxième moitié du siècle", soulignait-il.

3 - Des engagements climatiques révisables à la hausse

Tous les 5 ans, les engagements climatiques des Etats, les fameux I.N.D.C. pourront être revus à la hausse. Un premier rendez-vous est prévu en 2018. Un autre en 2023, de façon à effectuer un premier bilan. Mais cette date de première révision a été jugée trop tardive par nombre d’experts et d’ONG.

Une cible de 1,5°C. signifie une réduction des gaz à effet de serre de 70 à 80% d’ici la deuxième moitié du siècle

4 - Plus de place pour l’assurance "pertes et dommages"

Le texte ménage une place importante au mécanisme dit des pertes et dommages. L’adoption de cette forme d’assurance-climat, qui bénéficiera aux pays les plus vulnérables, constitue une victoire pour les états les moins développés ou insulaires.

5 - Des financements planchers

Selon l’accord, les pays développés "doivent" assister financièrement les pays en développement pour les aider à s’adapter au réchauffement climatique, pour l’atténuer. Les 100 milliards de dollars annuels promis à Copenhague lors de la COP 15 pour soutenir la transition énergétique des pays du sud constitueraient à ce titre une somme-plancher. Cependant rien n’assure, pour l’après 2020, la pérennité de cet engagement qui reste modique si on le compare au montant des subventions publiques au pétrole et au charbon. Les mécanismes de financement public stables, par taxation des transports maritimes ou aériens n’ont pas été retenus.

6 - Un accord "contraignant" pour l’après 2020

Laurent Fabius dit de l’accord de Paris qu’il est "juridiquement contraignant". L’accord a en effet valeur de traité international puisqu’il constitue un protocole additionnel à la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique. Mais peut-on réellement parler "d’accord contraignant" en l’absence de tout pouvoir de sanction des Nations Unies en cas d’infraction ?
Il incombera à la société civile et aux ONG de veiller à ce que les Etats respectent leurs engagements.

Une manière de se rappeler que le changement doit aussi venir des citoyens, et de leurs ambitions pour un monde plus respectueux de son environnement.