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Les yeux baissés, rivés sur l’écran de portable… Avec la généralisation des Smartphones connectés aux réseaux sociaux et aux jeux en ligne, nous serions potentiellement sujets à de nouveaux troubles du comportement. Qu’en est-il ?

Dépendance entretenue

C’est un fait, l’homo modernus semble de plus en plus attaché à son iDoudou, qu’il conserve toujours à portée de main, dans sa poche, sur la table, voire sous l’oreiller -75% des adolescents dormiraient avec leur téléphone portable allumé sur la table de chevet.
Une dépendance savamment orchestrée par les créateurs d’applications, qui rivalisent de notifications pour se rappeler sans cesse aux bons souvenirs du mobinaute. La fidélisation des joueurs est ainsi au cœur des stratégies des éditeurs de jeu en ligne. Maxence, un concepteur de jeu pour Smartphone, le résume clairement "ce n’est pas un hasard si un bon jeu est qualifié par les joueurs de totalement addictif. Ces jeux fonctionnent par micro-transactions de quelques centimes d’euros. Avoir des personnes qui jouent très souvent est une nécessité du business model…".
Et c’est encore sans compter la panoplie de services -devenus indispensables- offerts par notre portable : consulter un plan, connaître les restaurants à proximité, réserver un billet, ou même trouver l’amour… Si l’on évoque souvent les dangers liés aux ondes et autres maux physiques (torticolis, tensions oculaires), qu’en est-il des troubles comportementaux et psychologiques générés par ces nouveaux usages compulsifs ?

Des technologies pathogènes ?

En 2008, une étude britannique révèlait que 66% des utilisateurs de téléphone portable ressentent une angoisse à l'idée de perdre leur bijou. Une nouvelle maladie est née : la nomophobie ("no mobile phobia(1)"), motivée par la peur d’être privé de ce précieux prolongement de soi-même. Les phobies se développent avec les usages. Sur les réseaux sociaux, l’angoisse de perdre le fil s’appelle Fomo ("fear of missing out(2)") ou Fonk ("Fear of not knowing(3)") : l’utilisateur ressentirait une tension permanente, une peur de rater l’info à retwitter.
Autre nouveau stress, celui engendré par la mise en spectacle, en temps réel, de sa propre vie. La sociabilité 2.0, qui passe par la publication de photos (Facebook, Instagram) et de films (Vine), implique une surenchère de mises en scènes idéalisées. Dans la course à la reconnaissance par le "Like", les plus vulnérables développent un syndrome de "bovarysme digital", ce sentiment de vivre une vie banale à côté de celle des autres. Une étude de l’Université de Houston révélait ainsi récemment que plus un individu passe de temps sur Facebook, plus il éprouve de symptômes dépressifs.

Des risques à relativiser

Il faut cependant se garder de dramatiser. Cette même étude souligne que le réseau aux 1,3 milliards d’abonnés rend aussi plus confiant, car il crée davantage de connexions sociales. Tout est donc une question d’usages et de dosage. Selon Catherine Lejealle, sociologue et auteur de J’arrête d’être hyperconnecté (éd. Eyrolles), "il n’y a addiction que lorsqu’il y a une réelle souffrance, observable médicalement. Sauf cas extrêmes, la dépendance que nous développons face aux technologies est parfaitement normale : elles nous simplifient la vie en nous offrant de multiples services et réponses à portée de main. Il faut donc se garder de voir la technologie en noir, mais observer simplement quelques précautions"... comme de réapprendre le plaisir de l’instant vécu sans interruption, sans mise en scène. Autant alors adopter le "Phone stacking game(4)", ce jeu venu des Etats-Unis qui impose aux convives d’empiler leurs téléphones au milieu de la table et de ne pas y toucher de la soirée, sous peine de payer la note du restaurant…

En bonus, 7 signes qui montrent si vous êtes nomophobes.

Allez-vous cocher toutes les cases ?

Consulter votre téléphone est l’un de vos premiers gestes en vous réveillant le matin.
Au restaurant votre téléphone reste bien en évidence sur la table et il vous arrive de vérifier vos mails pendant que la soupe refroidit, tout comme votre interlocuteur.
Vous envoyez 50 textos par jour car les relations, ça se cultive.
Vous consultez votre téléphone sans raison, même quand vous n’avez pas de message, sait-on jamais.
Vous êtes persuadé que vos amis ont une vie bien plus excitante que la vôtre avec leurs vacances en mer bleue azur et leurs burgers bien garnis.
Vous ne pouvez pas vivre un moment agréable sans en informer vos amis Facebook. Vous postez des photos de pieds sur fonds de plage en été, et des photos de vos plats au restaurant.
Vous n’éteignez jamais totalement votre téléphone au cinéma : et si quelqu’un cherchait à vous joindre ?



(1)Phobie de l’absence de mobile
(2)Peur de rater quelque chose
(3)Peur de ne pas être au courant
(4)Le jeu des téléphones empilés