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C’est presque une nouvelle mode : se faire placer sous la peau une puce RFID pour remplacer badges d’accès, cartes de fidélité et bientôt, peut-être, son trousseau de clef... Plongée dans un "implant party" à la découverte de ces cyber-pionniers qui ont littéralement la technologie dans la peau.

"Félicitation pour votre mise à jour !" lance Hannes Sjoblad, sourire éclatant, veste cintrée et raie sur le côté. Nous sommes à la première "implant party" française organisée au festival Futur en Seine début juin 2015 à Paris. Ses félicitations vont à Awa, jeune fille de 23 ans qui, la première, s'est faite "implanter", sous la peau de la main gauche, une puce RFID. Une demi-douzaine d'autres cobayes vont suivre : artistes, journaliste, entrepreneur. Les profils sont très variés. Leur point commun, la curiosité pour cette technologie.

Une puce RFID c'est quoi ?

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Une puce implantée est une clé que l'on ne perd pas, un code PIN que l’on n’oublie plus… RFID signifie identification par radiofréquence. La puce implantée consiste en un petit circuit en silicium et une antenne de cuivre, le tout dans une capsule grande comme un grain de riz. Pas de pile, car la puce est "réveillée" par les ondes radios émises par un lecteur RFID. L'avantage du RFID : pas besoin de voir la puce pour lire ses informations car les ondes traversent à peu près tout (plastique, carton et donc aussi peau). Une technologie qui n’est pas nouvelle puisqu’elle a été adoptée dès les années 80 pour la gestion des stocks et des animaux. Le 16 septembre 2001, le Dr. Richard Seelig a été le premier à s’implanter une puce de ce type dans le bras pour ouvrir les portes automatique de son laboratoire d'un geste de la main, tel un maître Jedi !

Depuis 2014, Hannes Sjoblad et son groupe de biohacker suédois Bionyfiken, ont fait des implantations de puces des happenings bon-enfant, un peu geeks et technophiles. "La technologie est connue mais ce qu'on peut en faire a considérablement évolué ces dernières années" explique le suédois de 38 ans, lui-même implanté. "On prévoit qu'il y aura vingt milliards d'objets connectés en 2020. "Internet of thing" arrive et ouvre des possibilités de connexion et d'identification avec énormément d’objets".

Or l'identification des humains, c'est le cœur des applications de cette technologie RFID.

A quoi ça sert ?

Si votre puce a été configurée vous pourrez ouvrir les portiques de votre entreprise, accéder à votre club de sport ou déverrouiller votre téléphone en le prenant dans votre main...Des applications plus particulières existent, comme par exemple le "smart gun", un pistolet dont la sécurité ne se déverrouillerait que si son propriétaire s'en saisit. Dans le secteur du commerce, on parle d’affiches RFID en développement : en approchant votre puce, vous téléchargez un coupon de réduction personnalisé.

La puce peut également remplacer Moneo le portefeuille virtuel. On paye alors d'un mouvement de main sans code à composer. C’est assez chic. Cela avait été tenté en 2004 au Baja Beach Club à Barcelone. En somme, votre main devient votre clef, votre porte-monnaie, votre carte de crédit...

Mais tous les "implantés", que ce soit Felix, 22 ans, étudiant propre sur lui ou Aurélien entrepreneur de 38 ans, partagent la même conviction "Nous n’en sommes qu'aux balbutiements, les meilleures applications restent encore à inventer". Ils en sont certains : ils ont l’avenir dans leur main.

La CNIL reste très vigilante. Il est interdit de croiser les bases de données auxquelles la puce est inscrite.

Des risques encore à évaluer

L'idée d'avoir une puce sous la peau fait peur : comment ne pas penser à Big Brother ? Mais pas de crainte à avoir pour l’heure, car les puces implantées s’avèrent un piètre système de surveillance : il faut être très proche pour vous identifier, et la puce ne fournira rien d’autre qu’un code identificateur. Votre téléphone, avec son GPS, son Wifi, son podomètre et ses applis, vous piste déjà de façon bien plus efficace, comme le rappelle Hannes Sjoblad.

"De plus, en France, la CNIL reste très vigilante" explique Claude Cetelin du Centre National de la RFID "il est ainsi interdit de croiser les bases de données auxquelles la puce est inscrite".

Le danger viendrait plutôt, en cas de grand développement des "implantations", du vol des données de puce : on peut facilement répliquer son contenu car on ne peut empêcher une puce d'être lue et elle n’est pas cryptée. Il suffit donc d’un lecteur caché dans un sac au milieu d'une foule pour faire une moisson de données… Hannes Sjoblad invite donc à une utilisation limitée de la technologie : ne pas mettre de données sensibles, ne pas s’en servir comme trousseau de clef généralisé…

Pour Awa, Aurélien et Felix, de toute manière, l’essentiel n’est pas là : cette petite puce, c’est un peu de science-fiction devenue réalité, c’est l’avenir au creux de la main.

Crédit photo : Julie Guiches / Picturetank