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Couvrez cette prothèse que je ne saurais voir ? Plus vraiment, puisque les anciennes jambes de bois se métamorphosent et avec elles, l’image du "handicap"… Toujours plus esthétique et performante, la prothèse sort de l’ombre, entre accessoire mode, outil performant et terrain artistique.

Jambes bioniques commandées par contractions musculaires ou reliées au cerveau, bras connectés au Smartphone et reproduisant le sens du toucher… La prothèse a connu des progrès colossaux ces 10 dernières années, à tel point que certaines pourraient être plus performantes que le membre remplacé.

De l’humain amputé à l’humain augmenté

C’est la conviction d’Hugh Herr, directeur de recherche au MIT (Massachusetts Institute of Technology ), star de la bionique, et lui-même amputé des jambes à 17 ans. Avec un brin de provocation, il ajoute même que "dans 20 ans, il vaudra mieux avoir été amputé que valide. (...) Nous entrons dans l’ère où les prolongements artificiels nous rendent plus forts et plus efficaces que nos membres de chair et d’os". Il a d’ailleurs dessiné ses propres nouvelles jambes, et celle d’Adrianne Haslet-Davis, une danseuse survivante des attentats de Boston, qui est remontée sur scène avec sa nouvelle prothèse. Une inspiration pour la France, qui compte de 60 000 à 100 000 amputés, et la preuve que l’on peut transformer un stigmate en véritable atout pour le corps.

Nous entrons dans l’ère où les prolongements artificiels nous rendent plus forts et plus efficaces que nos membres de chair et d’os.

Vers la prothèse-pride ?

Issue de la sphère strictement médicale, la prothèse est devenue l’apanage de toute une génération de technophiles, de makers et de designers, qui œuvrent à la rendre non seulement plus accessible et fonctionnelle, mais aussi plus esthétique, comme "l’Exo Prosthetic Leg" imprimée en 3D par le designer industriel William Root. Paradoxalement, la prothèse accède au statut d’une œuvre. Lors de la récente Fashion Week, un jeune mannequin, Rebekah Marine, a fait sensation sur les podiums new yorkais avec un bras bionique. Plus impressionnant encore, le projet de Sophie de Oliveira Barata : avec The Alternative Limb Project, cette designer s’est spécialisée depuis 2013 dans la création de membres artificiels sur-mesure, qui subliment le handicap. Elles sont portées par exemple par la chanteuse Viktoria Modesta, une chanteuse pop et gothique qui n’hésite pas à porter des jambes que n’auraient pas reniées Lady Gaga, dans des clips visuellement puissants.

Autrefois campée dans l’ombre, voire sujet de honte, la prothèse est aujourd’hui revendiquée avec fierté. Et la fantaisie se développe dès le plus jeune âge. Le fabricant Open Bionics vient ainsi de dévoiler des modèles de prothèses pour enfants, aux couleurs des super-héros ! Avoir un bras de Hulk ou sabre-laser… De quoi impressionner dans la cour d’école.