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Certains experts l’affirment : le réchauffement climatique met le vin en danger. Nos grands crus vont-ils s’assécher ? Si protéger les vignes des effets du réchauffement semble indispensable, la situation serait toutefois moins catastrophique qu’il n’y paraît.

Pour produire un bon vin, les viticulteurs sont formels : c’est une question de raisin, de sol, de chaleur et de… climat. Pas étonnant alors que le réchauffement climatique rebatte les cartes de nos terroirs en modifiant le cycle de l’eau, le nombre d’évènements météorologiques extrêmes et leur puissance. "À long terme, c’est tout un secteur socio-économique ainsi qu’un élément fort du patrimoine qui risquent d’être mis à mal", expliquent les journalistes Valéry Laramée de Tannenberg et Yves Leers dans Climate change, wine and conservation, entre 39 et 89% de la surface viticole européenne pourrait disparaître d’ici 2050. On cerne mieux, dès lors, les enjeux de protection au-delà même de la notion de culture. Pour la France, la vigne représente le 2e secteur d’exportation bénéficiaire, après l’aéronautique. Ce sont donc 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires à protéger des bouleversements climatiques. Et du côté de l’emploi, ce sont entre 250 et 500 000 personnes, employés de la filière, qui seraient impactées.

C’est tout un secteur socio-économique ainsi qu’un élément fort du patrimoine qui risquent d’être mis à mal

Préserver l’équilibre

En Champagne, dans le Val de Loire et le Bordelais, l’élévation des températures a pourtant d’abord produit des effets positifs. Les rendements ont augmenté de 30 à 50%, "les vins ont pris un degré supplémentaire d’alcool et l’acidité a baissé : le rêve du vigneron", explique-t-on même dans Menace sur le vin. Mais attention au réveil, car ces régions auraient atteint leur optimum climatique tandis que les températures continuent de grimper et de produire leurs effets. Car l’équilibre d’un sol est aussi subtil que celui d’un bon millésime, et un changement de météo peut tout casser : "Fleurir quand il pleut (…) fait couler le pollen, ce qui diminue les taux de fécondation des fleurs. L’une des conséquences est le millerandage, c’est-à-dire le sous-développement des grains de raisin". Et c’est encore sans compter les maladies transmises par certains insectes, devenus plus nombreux, qui pourraient réduire les rendements, retarder la maturation et jouer sur l’amertume du fruit. Pas vraiment de quoi lever son verre…

Changer de méthode et de vigne

Pour les vignerons, difficile d’anticiper l’avenir car les réactions de leurs parcelles varieront d’une région à une autre. Il existe toutefois des mesures, plus ou moins contraignantes, que les viticulteurs sont prêts à adopter : changer la gestion de leur exploitation, réorienter les rangs de vigne pour limiter leur exposition au soleil, installer des "tapados", ces voiles de mousseline utilisés autrefois pour protéger les plants de tabac des canicules. Ces améliorations sont déjà testées par certains vignobles. Et si cela ne suffit pas, des mesures plus décisives restent envisageables : "en 1880, la crise du Phylloxéra avait décimé 80% de exploitations françaises. C’est en utilisant des pieds de vigne américains que l’on a reconstitué le vignoble français… Il y a certainement des cépages ou des méthodes à tester, qui vivront mieux le réchauffement" note Anaïs, vigneronne dans le Bordelais.

C’est d’ailleurs dans cette optique qu’une vigne expérimentale appelée "Parcelle 52" ou "Vitadapt" (pour Vitis Adaptation) a été développée par l’INRA pour déceler, parmi 52 cépages, ceux qui peupleront la région dans le futur, notamment dans un contexte de réchauffement climatique.

Bientôt des vins normands ?

Si certains vignobles non irrigables finiront par disparaître, ils renaîtront sans doute dans des régions inédites. D’ici 50 ans, le nord de la France accueillera ainsi des cépages précoces tels que les Gamay, Chardonnay et Pinot Noir. La Grande-Bretagne, la Belgique et les Pays-Bas, mais aussi le Canada, l’Inde, l’Allemagne ou l’Autriche pourraient également développer leur production. "L’avenir de la viticulture [française] n’est pas remis en question", concluent Laramée de Tannenberg et Leers, "à condition qu’elle sache s’adapter". Certains semblent d’ailleurs avoir saisi les opportunités de cette redistribution géographique car l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) recevrait des nouvelles demandes d’accompagnement issues… de Bretagne et Normandie !