Publié le

Phtalates, bisphénol A… Les chercheurs pointent régulièrement du doigt ces substances accusées de modifier notre équilibre hormonal. Des risques d’infertilité à la suspicion cancérogène, les critiques se précisent et la liste des substances s’allongent. Sommes-nous bien protégés ? Un vrai/faux pour faire le point.

Les perturbateurs endocriniens sont présents naturellement dans le corps humain

VRAI… et FAUX

Les hormones naturelles (œstrogènes, progestérone, testostérone et phyto-œstrogènes) sont par essence des perturbateurs endocriniens. L’organisme humain en compose donc naturellement pour se réguler. Le problème vient plus de l’exposition "non souhaitée" à des perturbateurs endocriniens, créés par les activités humaines. On parle alors de substances anthropiques. Ils sont alors issus de l’industrie chimique contenus dans des objets de consommation courante, les produits de traitement des cultures, les médicaments et cosmétiques, etc.

Il y a un consensus scientifique sur les effets néfastes des perturbateurs endocriniens

FAUX mais on y est presque !

Selon une importante part de chercheurs, les perturbateurs endocriniens contribueraient à l’augmentation de l’infertilité, de cancers hormono-dépendants (sein, prostate, etc.) ou encore de troubles du développement ou du métabolisme. Ces affirmations ont été contestées durant l’été 2013 par 18 toxicologues, dans plusieurs revues scientifiques. Ces derniers niaient que les molécules puissent avoir des conséquences délétères à des doses très faibles. Mais leur texte a provoqué une levée de boucliers. Quelques temps plus tard, des relations entre ces scientifiques et des industries productrices de substances contenant des perturbateurs endocriniens ont été révélés, laissant planer le doute quant à leur impartialité.

L’alimentation est la principale source d’exposition aux perturbateurs endocriniens

FAUX

L’alimentation est certes une source non négligeable d’exposition aux perturbateurs endocriniens, notamment par le biais des emballages ou des pesticides. Elle est néanmoins loin d’être la seule. L’eau, l’air et les cosmétiques par exemple constituent des sources d’exposition importantes.

Les enfants sont plus vulnérables que les adultes aux perturbateurs endocriniens

VRAI

La fenêtre d’exposition la plus à risque est la période de gestation, l’enfance et l’adolescence. On sait aujourd’hui de manière certaine que le placenta n'est pas une barrière efficace : en 2005, 10 bébés américains nouvellement nés ont été analysés. 237 substances chimiques ont été retrouvées dans le sang de leur cordon ombilical. En 2014, des chercheurs français et américains ont fait le lien entre la présence de parabènes, de triclosan (qu’on trouve dans des savons antibactériens et des dentifrices) et de bisphénol A (BPA) et des anomalies dans la taille des bébés à la naissance, puis dans leur poids quelques années plus tard.

Il existe une législation sur les perturbateurs endocriniens

VRAI, mais elle est encore en développement

Heureusement, le BPA n’est plus présent dans les biberons et autres contenants pour bébés depuis 2011 et interdit dans tous les contenants alimentaires en France depuis le 1er janvier 2015. La Commission européenne a en outre interdit les parabènes dans certains cosmétiques pour bébé. Elle a enfin interdit le tricolsan des produits de rasage depuis le 30 octobre 2014. La Commission européenne s’était engagée pour sa part à mettre en place une réglementation homogène sur le marché européen pour 2013. Mais devant son silence, la Cour de Justice Européenne (CJE) l’a condamnée le 16 décembre 2015 pour manquement à ses obligations.

Il existe des recommandations pour se protéger des perturbateurs endocriniens

VRAI

Les recommandations contre ces substances se généralisent, au diapason de la prise de conscience dans la population : éviter les pesticides en mangeant bio, aérer son intérieur (2 fois par jour), ou encore privilégier les ustensiles de cuisine en verre ou en bois plutôt qu’en plastique… Ces conseils sont particulièrement importants pour les femmes enceintes et les familles composées d’enfants et d’adolescents.

Interview de Marine Jobert co-auteure de "Perturbateurs endocriniens, la menace invisible".

www.anses.fr www.who.int