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Payer sa baguette de pain sans avoir à chercher sa monnaie, un doux rêve ? Le paiement par mobile peine encore à se diffuser en France. Un retard qui s’explique par trois raisons majeures.

Dans le courant de l’été 2016, deux grandes banques françaises ont fait le choix de distribuer la solution de paiement mobile de la firme à la pomme, Apple Pay. Les clients des autres établissements bancaires n’ont pas tardé à faire pression sur leur banque pour pouvoir en bénéficier eux-aussi. Un engouement qui tranche avec la réticence des Français, qui ne sont que 33% à se déclarer prêts à faire usage de leur mobile pour effectuer des transactions, selon une étude Odoxa pour Syntec Numérique (2015). Comment expliquer un tel décalage ?

Les avantages du paiement par mobile sont (encore) largement méconnus

Cette méconnaissance est la principale raison invoquée. Or, les atouts du paiement mobile sont nombreux : plus besoin d'avoir son chéquier ou sa carte bancaire sur soi, plus besoin de chercher sa monnaie, plus besoin de taper son code à l'abri des regards indiscrets, moins d'attente dans les commerces... Mais combien êtes-vous à avoir réellement connaissance de ces avantages ?

Aux États-Unis, où la moitié des transactions du réseau Visa sera réalisée par mobile d’ici 2020, la plupart des acteurs du secteur jouent le jeu. Les commerçants multiplient les pancartes pour annoncer, non sans fierté, qu’ils pratiquent le paiement par mobile. Les constructeurs et concepteurs des systèmes d’exploitation (Apple, Google, Samsung, etc.) multiplient les partenariats avec les réseaux de paiement (Visa, Mastercard), les multinationales (McDonald’s, Starbucks) et les sites de coupons promotionnels (Groupon) pour s’assurer de toucher leur cible, à l’image de Google lors du lancement d’Android Pay, qui a succédé à Google Wallet.

Ces partenariats permettent d’assurer au client qu’il bénéficie bien des mêmes garanties (service après-vente, assurances liées aux cartes bancaires premium, etc.) en payant par mobile que via un moyen de paiement classique. C’est la même logique que devront adopter les constructeurs de téléphones, mais aussi les banques, s’ils veulent percer en Europe.

Il subsiste (encore) des réticences relatives à la sécurité

Les industriels vont donc devoir travailler à la sécurisation des terminaux mobiles. Si le NFC, la technologie qui permet le paiement par mobile et le paiement sans contact, était jusqu’à il y a peu qualifiée par les spécialistes comme peu sûre, de nombreux progrès ont été accomplis en la matière. Les données, qui auparavant n’étaient pas chiffrées, obéissent aujourd’hui à des protocoles de sécurité beaucoup plus stricts.

Reste que les consommateurs eux-aussi doivent assimiler des règles élémentaires de sécurité informatique, comme mettre à jour régulièrement son application ou éteindre le NFC lorsqu’il n’est pas utilisé. De même, les industriels doivent se montrer plus réactifs dans l’exploration et la réparation des failles de sécurité. En 2014, l’Euro Retail Payment Board (ERPB) a été créé pour la mise en œuvre de moyens de paiement électroniques innovants. Parmi les préconisations de cette nouvelle instance, le développement d’un cadre et de standards communs visant à favoriser l’interopérabilité entre les solutions nationales. Avec, en ligne de mire, une sécurité renforcée.

Pour compléter le tableau, les offres d’assurance des moyens de paiement jouent également un rôle clé. Parmi les axes de réflexion, une assurance à la charge du commerçant et non pas à celle du consommateur pourrait faciliter l’acceptation de ce nouveau moyen de paiement.

Il est (encore) insuffisamment incorporé au processus de consommation

Payer par mobile n’est tout simplement pas encore devenu naturel. D’abord, parce qu’il reste pour l'heure réservé aux smartphones premium. Il va donc d’abord falloir simplifier la base technique et technologique. Un milliard de smartphones sont aujourd’hui équipés de la technologie NFC, un chiffre qui devrait doubler d’ici à 2018. Le renouvellement progressif du parc va probablement contribuer à faciliter l’appropriation de cette nouvelle technologie. Sans pour autant, là encore, sacrifier à la sécurité.

Autre frein notoire, les applications de paiement mobile restent insuffisamment intuitives et peu incorporées dans les services. Imaginez par exemple que vous gagniez des bons de réduction ou que vous accumuliez des points à chaque fois que payez avec votre téléphone. Nul doute que vous seriez alors plus enclin à utiliser cette nouvelle technologie.

Malgré tous ces freins, on estime que d’ici à 2020, les puces NFC devraient représenter 80% des cartes présentes dans les téléphones mobiles (contre 33% aujourd’hui). Le palmarès des usages est plutôt encourageant car il montre bien que le paiement par mobile n’est pas réservé à une élite, mais est bien ancré dans des usages plus quotidiens. Arrivent dans les premières positions l’épicerie ou le supermarché, puis la boulangerie et, enfin, la restauration rapide. Le signe qu’il suffit que le temps fasse son effet… et donc de croire que le retard français n’est sans doute pas amené à perdurer.

Crédit photo : Valentin Russanov