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Pionnière de la consommation collaborative, Marion Carrette fonde Zilok en 2007, une plateforme web de location d’objets entre particuliers et professionnels. Devant l’essor progressif de cette économie du partage, elle lance ensuite Ouicar.fr, le premier site de location de voitures entre particuliers avec une assurance tous risques. Retour sur la formidable aventure entrepreneuriale de Marion Carrette.

Comment l’idée d’une plateforme de partage d’objets est-elle née ?

Marion Carrette Ouicar

Je vais un jour à Marseille en train pour un mariage, sans réserver de voiture. Je me disais que je trouverais bien un copain ou une voiture de location… Mais à l’arrivée, ni copain, ni location possible, alors que le parking était plein de véhicules de particuliers ! L’idée de Zilok est née à ce moment : comment mettre en place le partage des objets qui dorment chez nous ? On a tous des objets que l’on ne veut pas vendre parce qu’on en a besoin une fois par an, mais qui pourraient servir à d’autres. Saviez-vous par exemple qu’une perceuse, fabriquée pour fonctionner des milliers d’heures, n’est utilisée en moyenne que 12 minutes dans sa vie ? C’est cette même logique qui m’a poussée à lancer Ouicar 5 ans après, notre plateforme spécialisée dans la location de voiture entre particuliers.

À quels premiers enjeux avez-vous fait face ?

J’ai eu la chance de trouver rapidement des associés aux profils complémentaires du mien avec qui je m’entendais bien. Mais il nous fallait trouver de l’argent, parce que lancer une plateforme de partage en exige beaucoup. Avant même de faire 1 euro de chiffre d’affaires, il fallait en effet constituer "la masse critique" d’usagers : si vous avez 2 perceuses dans votre base et 5 demandes, c’est raté ! En plus, c’est une plateforme géolocalisée : il faut que les objets soient là où habitent les gens qui les cherchent ! J’ai alors eu la chance de rencontrer Marc Simoncini (fondateur de Meetic, ndlr), qui s’est retrouvé dans notre idée et a investi dans Zilok, puis dans Ouicar.

Comment avez-vous fait pour prendre de l’ampleur ?

Nous devons beaucoup à une grève des transports à Paris. Nous avons publié un communiqué qui disait "Profitez des grèves pour gagner de l’argent, louez votre vélo !" et la couverture médiatique qui a suivi nous a permis de recruter nos premiers utilisateurs et objets. La difficulté a ensuite été de faire grossir l’offre et la demande de manière simultanée. Enfin, il importait de convaincre les propriétaires qu’ils pouvaient louer leurs affaires à des inconnus en toute confiance. D’où l’importance des évaluations, du contrat et de l’assurance, mis en place pour les rassurer. C’est le même enjeu aujourd’hui avec Ouicar.

En 2012, lorsque vous créez Ouicar.fr, en quoi l’expérience Zilok vous est-elle utile ?

Avec seulement une catégorie d’objets sur Ouicar contre 700 sur Zilok, tout nous est apparu beaucoup plus simple ! Ouicar a une croissance fulgurante (en 3 ans, le parc de Ouicar est passé de 2 000 voitures à plus de 30 000, ndlr). Ce qui est très compliqué, c’est finalement de perpétuer l’esprit start-up dans des structures qui s’agrandissent. Un de mes principaux jobs est donc de m’assurer qu’on garde notre agilité. Nous avons été très clairs avec la SNCF (qui a investi 28 millions d’euros pour devenir actionnaire de l’entreprise et l’accompagner dans son développement, ndlr) : pour réussir, il faut conserver cet esprit et cette réactivité. Dans une start-up, vous devez être capable de décider en 2heures. Ils l’ont parfaitement compris.

Pourquoi la SNCF s’intéresse-t-elle à Ouicar justement ?

La SNCF ne veut plus seulement être un acteur du train mais un acteur de la mobilité et défend une stratégie "porte-à-porte" (de la porte de départ à la porte d’arrivée). Il y a 3 000 gares en France, mais 150 seulement ont une agence de location. Concrètement, cela signifie qu’il y en a 2 850 où vous n’avez pas vraiment de solution de mobilité une fois sorti du train. Ouicar permet aux gens de réaliser les derniers kilomètres qui les séparent de leur destination. Au final, ce service remet des gens dans les trains !

Aujourd’hui, on parle de vous comme d’une influenceuse, une pionnière. Quel regard avez-vous sur votre parcours ?

Je ne me considère pas du tout comme une influenceuse ! Je suis une entrepreneure. J’ai la chance d’avoir développé une entreprise dans un secteur innovant donc, oui, je suis une pionnière de l’économie collaborative. Mais mon principal objectif est de développer mon entreprise et de faire en sorte que les gens louent de plus en plus de choses, d’optimiser de manière intelligente tous ces biens que l’on produit. Si j’avais un conseil à donner aux jeunes entrepreneurs, ce serait de foncer ! Ce sont toujours les mauvaises raisons qui nous font patienter. C’est un chemin semé d’embûches qui demande d’être persévérant et d’avoir une vie personnelle équilibrée, mais c’est passionnant !