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D’ici cinq ans, on comptera entre 20 et 80 milliards d’objets connectés dans le monde. Face à ce raz-de-marée de produits changeant nos manières de consommer et de travailler, de nouveaux business models d’entreprises émergent, et de nombreuses entreprises vont devoir évoluer. Henri Isaac, Président du think-tank "Renaissance Numérique", revient sur les enjeux de ce phénomène.

Certains auteurs parlent de "révolution industrielle" des objets connectés. N’est-ce pas un peu exagéré ?

Grâce aux progrès de la miniaturisation électronique et des réseaux informatiques, les objets connectés se multiplient. Cette évolution s’inscrit en fait dans le développement d’Internet dont elle constitue la troisième étape. On a d’abord connecté des serveurs et des fichiers, puis des individus entre eux (le web 2.0). Désormais nous assistons à l’encastrement d’Internet dans le monde physique. La prochaine étape consistera vraisemblablement à implanter des capteurs dans le corps humain, ce que commencent d’ailleurs à faire certains pays…

Quelles entreprises sont concernées par ce phénomène ?

Elles sont nombreuses ! Le premier des objets connectés, c’est cette télécommande généralisée qu’est le smartphone. Il permet de repenser de nombreux services à partir des usages du consommateur : regardez Uber ou Airbnb. Mais au-delà du téléphone mobile, les objets connectés trouveront une place de choix dans les domaines de l’électroménager et de la domotique. Le e-commerce constitue déjà une mini-révolution car le client commande depuis chez lui ; avec le frigo connecté, par exemple, on peut aller encore plus loin. Le magasin est déporté chez vous ! On peut par exemple imaginer des distributeurs qui vous fourniront gratuitement un frigidaire connecté. Celui-ci commandera automatiquement les produits en fonction de votre consommation (en échange de quoi le distributeur aura l’exclusivité des ventes).

Les business models vont donc être profondément modifiés…

Tout à fait. Regardez aussi ce qui se passe dans les transports. Qui sait si demain, la Google Car ne va pas supplanter les constructeurs automobiles traditionnels. Le trajet sera peut-être gratuit pour ceux qui acceptent de regarder des publicités ou de partager le véhicule avec d’autres personnes. De nombreux business models sont envisageables. Tout va se jouer autour du partage de la donnée et de la préservation de la vie privée.

On parle beaucoup des bracelets et autres balances connectées. Quelles sont les perspectives dans le domaine de la santé ?

Les maladies chroniques (infarctus, AVC, obésité, diabète) représentent 75% des dépenses de santé au niveau mondial. Si on y ajoute Alzheimer, ces pathologies se prêtent particulièrement bien à un suivi préventif en continu ou à l’observance des traitements. C’est ce que permet justement l’utilisation de balances, pacemakers et autres patchs connectés. Le potentiel est donc très important.

Et au sein des entreprises ? Quel rôle peut jouer les objets connectés ?

Les puces et les capteurs vont fortement optimiser les processus industriels, en particulier l’approvisionnement et la gestion des stocks. Quand tous vos produits sont taggués avec une puce RFID, l’inventaire ne dure que deux minutes ! L’exemple le plus flagrant en la matière, c’est Wal Mart. Depuis plusieurs années, le géant américain de la distribution impose à ses principaux fournisseurs d’apposer une puce RFID sur leurs produits. Via une plateforme commune, il leur donne accès en quasi-temps réel aux informations de remontées de caisses et de stocks. Ainsi, lorsque le rayon se vide plus rapidement que prévu, le fournisseur est alerté, il réapprovisionne et évite l’indisponibilité du produit.