Publié le

La mode, les paillettes, les podiums… Derrière l’image de papier glacé se cache cependant la deuxième industrie la plus polluante au monde. Un tee-shirt en coton nécessite par exemple 2 000 litres d’eau virtuelle pour être porté, soit 100 fois notre consommation journalière. Face à ce constat préoccupant, des acteurs tentent de promouvoir une mode durable, plus respectueuse de l’homme et de la planète. Mais comment conjuguer mode et durabilité ? Décryptage.

La mode durable, un contresens ?

Une mode durable, voilà un bel oxymore si l’on en croit Cocteau qui disait : "La mode, c’est ce qui se démode". Cultivant l’art de l’éphémère et créant sans cesse de nouveaux besoins, la mode enchaîne les collections et renouvelle les stocks des magasins en permanence. Les chiffres sont éloquents : de 2 collections saisonnières annuelles, les grandes marques sont passées à 8, voire 20 collections par an. Chez Zara, le leader du prêt-à-porter bon marché, on conçoit jusqu’à 30 000 modèles chaque année. S’inscrivant dans une véritable obsolescence programmée, les sous-collections "capsules" à durée limitée deviennent monnaie courante. Et la surenchère n’est pas près de s’arrêter avec l’arrivée de nouveaux venus encore plus agressifs, à l’image de Primark.

Un impact social et environnemental

Résultat, ce sont 80 milliards de vêtements qui sont produits dans le monde chaque année, vendus souvent à prix bas voire très bas. Un mode de production dont les répercussions environnementales et sociétales sont alarmantes. Ainsi, en Chine, 70 % des cours d’eau sont pollués par l’industrie textile… Parallèlement, les scandales des mauvaises conditions de travail des ouvriers (parfois mineurs) éclaboussent régulièrement les grandes enseignes, entre cadence de production infernale et drames humains… Face aux effets néfastes de la "fast fashion", ou du "prêt-à-jeter", une mode plus durable peut-elle trouver sa place ?

Slow devant

Le courant du "slow wear" (appelé également "slow fashion") cherche à casser ces nouveaux codes. Son ambition est de sensibiliser le grand public sur les impacts environnementaux et sociaux de l’industrie textile afin d’éveiller les consciences et in fine de changer les comportements d’achat. Une tendance qui répond aux attentes des Français puisque, selon une enquête de l’Institut Français de la Mode (IFM), 33 % des consommateurs déclarent vouloir acheter "moins de vêtements, et qui durent plus longtemps". Une démarche qui n’est pas sans rappeler une déclaration de Coco Chanel, qui avait dit en son temps : "Je suis contre toutes ces absurdités qui consistent à faire une mode qui ne dure pas !".

Back to basics

Concrètement, le concept de mode durable repose sur des principes assez simples : il faut retourner à l’essentiel en achetant moins mais mieux, en fonction de ses vrais besoins et pas de ses envies. Pour résumer, on en revient au précepte du "Less is more" ("Moins, c’est plus") de l’architecte Mies van der Rohe. Et ce critère de durabilité doit être pris en compte tout au long de la chaîne de production : depuis la conception jusqu’au retraitement du vêtement usé. Parmi ses recommandations, le slow wear préconise le choix de matières recyclées ou naturelles comme le coton biologique, l’achat d’occasion qui permet de donner une seconde vie aux vêtements, la préférence pour les produits "intemporels" qui dureront toute une vie… Les alternatives ne manquent pas !

À vos marques, prêts…

Des créateurs jouent donc la carte 100 % eco-friendly, à l’image des marques Ekyog, Veja ou Edun. Certaines grandes chaînes de prêt-à-porter mettent également en place des mesures en faveur du développement durable. Par exemple, H&M, bien que montré du doigt en matière d’écologie, organise des collectes de vêtements usagés dans ses magasins depuis 2013. D’autres enseignes créent des labels, comme Monoprix et ses produits "BioRé", qui garantissent une fabrication dans le respect strict de critères sociaux et écologiques. Quand on sait que 87 % des Français déclarent que les questions de développement durable et de respect de l’environnement sont importantes dans leurs choix actuels d’achats, cette stratégie "verte" et éthique pourrait devenir une tendance… à la mode.