Publié le

Les femmes sont les principales bénéficiaires des prêts de micro-finance. Les entreprises de micro-finance préfèrent prêter aux femmes, car ces dernières semblent avoir de meilleures capacités de gestion et donc de remboursement. Un pari vertueux qui pourrait permettre de voir un tissu de PME soutenu par l’entrepreneuriat féminin s'étoffer dans les pays en développement.

« L’argent, quand il est utilisé par une femme dans un ménage, profite davantage à l’ensemble de la famille que lorsqu’il est utilisé par un homme ». Mohammed Yunus, fondateur du micro-crédit.

Un micro-crédit consiste en un prêt d’un montant peu élevé accordé à un petit entrepreneur n’ayant pas accès au système bancaire traditionnel, comme par exemple un commerçant ou un artisan… Le taux est alors relativement élevé pour couvrir le risque pris, mais permet de financer des projets qui n'auraient jamais vu le jour autrement. Pas moins de 81,5 milliards de dollars ont ainsi été injectés en 2012 dans l'économie, selon les chiffres de Mix Market.

L’argent, quand il est utilisé par une femme dans un ménage, profite davantage à l’ensemble de la famille que lorsqu’il est utilisé par un homme.

Les femmes, meilleures gestionnaires

Fait notable : les entreprises de micro-crédits accordent la très grande majorité de leurs prêts à des femmes. Ainsi, en 2012, 63% des crédits ont été accordés à des femmes en Afrique, 64 % en Asie de l'Est et Pacifique, 68 % en Amérique Latine et 92 % en Asie du Sud ! Les principales raisons tiennent en un paradoxe : les femmes sont à la fois celles qui sont le plus souvent exclues du système bancaire et celles qui présentent un meilleur taux de remboursement.

Un facteur d’émancipation limité

En montant des projets pouvant subvenir à leurs besoins, les femmes gagnent en autonomie financière. Par exemple, 74% des clientes de la micro-finance en Afghanistan participent aux décisions financières de leur famille, contre seulement 53% parmi les non-clientes. Ainsi, la micro-finance, quand elle est bien orchestrée, peut véritablement constituer un outil d'émancipation et de développement. Cependant, certaines voix s’élèvent pour rappeler que le micro-crédit n'est pas toujours la panacée, loin s’en faut. Les coûts des crédits sont particulièrement élevés, pour couvrir les risques et rendre l’activité rentable. Isabelle Guérin, économiste et auteur de La microfinance et ses dérives : émanciper, discipliner ou exploiter ? dénonce ainsi les taux d'intérêt (près de 20 %) qui empêchent un réel développement économique, et assujettissent davantage qu’ils ne libèrent. C’est donc logiquement que certaines femmes s'insurgent contre des conditions d'emprunt jugées insoutenables, comme à Ouarzazate au Maroc où les femmes ont manifesté en 2014.

D’autres leviers à activer

En somme d’autres leviers doivent être activés pour rendre le microcrédit véritablement bénéfique, pour les femmes comme pour le tissu des entreprises. Il faut assurer l'éducation, défendre les intérêts des femmes afin de leur éviter d'assumer une double journée de travail… D’ailleurs, les externalités positives du micro-financement se mesurent particulièrement dans les pays développés, où l’éducation et le droit des femmes sont souvent plus assurés : en France, par exemple, des campagnes de micro-crédit comme celle de l'association pour le droit à l'initiative économie (Adie), visent les femmes et les encouragent à se lancer dans l'aventure entrepreneuriale. En novembre dernier, l'Adie a lancé une campagne « Etre femme et chef d'entreprise, c'est possible. » 600 femmes ont déjà été accompagnées par l'association et sont ainsi devenues leur propre patron.
Le micro-crédit pourrait donc être un des leviers pour affermir encore un peu plus une tendance forte, celle
des femmes entrepreneures
.