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Xynthia, Klaus, ou la tempête de 1999… Depuis une vingtaine d’années, le France semble touchée par des vents violents, marquant les populations et les territoires. Nos infrastructures sont-elles si fragiles ? Pourquoi, malgré la récurrence des évènements extrêmes, y a-t-il toujours autant de dégâts ? Quelles leçons tirons-nous des tempêtes ?

Noël 1999. La France va faire face au bogue de l’an 2000. Les forces de l’ordre sont formées à des scénarios catastrophes (pannes de centrales nucléaires, chutes d’avions…). Au lieu de quoi, le 26 au matin, une tempête. LA tempête. C’est-à-dire la plus forte depuis 60 ans : des pointes de vent à plus de 202 km/h, 92 décès, 80% des espaces forestiers touchés, et au moins 18 Mds d’euros de dommages enregistrés. A peine 10 ans après, le 26 février 2010, Xynthia replongeait des régions en rémission dans les débris : 47 morts, 1 million de foyers sans électricité et 1,5 milliard d’euros remboursés par les assureurs. Là encore, on a pu entendre parler de "tempête du siècle". Alors, mémoire courte ou manque de chance ?

Les tempêtes scrutées par l’Histoire

De l’avis des historiens, il s’agit plus d’un problème de mémoire : les tempêtes rythment la vie des littoraux. Cette année encore, les rafales d’hiver coûteront à la Vendée 1,2 millions d’euros… Sur les 400 dernières années*, les tempêtes de grande envergure sont aléatoires, mais assez constantes. Selon Emmanuel Garnier, historien et chercheur au CNRS, il y aurait d’ailleurs aujourd’hui moins événements extrêmes qu’au XVIIIe siècle. Difficile, donc, de lier les tempêtes aux bouleversements climatiques actuels.

La tempête : Un révélateur des failles de la loi

La tempête teste nos défenses et révèle, cruellement, certaines aberrations. A la Faute-sur-mer, village emblématique durement touché par Xynthia, 3000 habitations avaient été bâties sur des marécages, en-dessous du niveau de la mer… Pourtant, en 2003, en réaction à l’hiver 99, les élus devaient appliquer une loi "risque" très claire sur les zones inondables. De manière générale, l’urbanisation accélérée des zones littorales a construit notre propre vulnérabilité. Suite à ces scandales, la responsabilité pénale des maires est maintenant élargie en cas de manquement. Ces durcissements légaux ne sont pas sans effet, à l’instar des normes de construction (Neige et vent). Revues suite aux tempêtes de 1990 dans les régions "calmes", elles ont eu un vrai effet bénéfique lors des bourrasques de 1999.

Des pouvoirs publics mieux préparés ?

En 1999, Météo France s’est trompé sur ses prévisions, et les informations transmises (vitesse du vent) n’étaient guère parlantes pour les citoyens. Aujourd’hui, les prévisions sont plus fines et Météo France propose un système d’alerte clair, par couleur, qui déclenche des mesures (suspension des services de transports…). En 2009, pour le passage de "Klaus", ce système a sauvé des vies. EDF, de son côté, a mis en place une force d’intervention rapide (FIR) au début des années 2000. En temps de crise, sa mission est de réaccorder le plus rapidement possible les foyers et les entreprises. Enfin, EDF poursuit le programme d’enfouissement des lignes, bien que cela soit coûteux et donc lent.

Une leçon de résilience de nos aînés

Il n’existe donc pas de panacée pour se prémunir des risques de tempêtes. Des leçons sont tirées, au coup par coup, des catastrophes : on améliore la coordination des secours, la prédiction et l’information, l’application de lois… Mais le vent trouvera toujours une fenêtre ouverte pour soulever tout un toit. Une piste culturelle semble cependant prometteuse : garder la mémoire de la tempête. Pour Emmanuel Garnier et Frédéric Surville, auteurs de La tempête Xynthia face à l’Histoire, c’est là le secret "de sociétés résilientes parce que conscientes du risque et donc mieux préparées à absorber le choc de l'aléa". C’est le cas des villages littoraux français de 1930 : grâce aux signaux publics connus de tous (le tocsin), les habitants se mettaient à l’abri rapidement et savaient quoi faire. Ils avaient "une culture de la survie", et aucune perte n’a été déplorée en 1937, malgré une inondation étendue et très rapide. Il y a donc urgence à ne pas oublier, note Emmanuel Garnier. Considérer une tempête comme "un accident centenaire" rassure, trompe, et déresponsabilise, selon le chercheur. La tempête Xynthia, 5 ans après, s’efface d’ailleurs déjà de la mémoire collective, et avec elle les bonnes résolutions de 2009... "Il faut vivre en connaissance de risque" : cela peut sembler anxiogène de prime abord, mais en cas de gros vent, c’est le plus efficace pour sauver des vies.

*GARNIER E., Les Dérangements du temps. 500 ans de chaud et de froid en Europe, Plon, 2010