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Première structure pour personnes âgées autogérée, citoyenne, écologique et solidaire, "la Maison des babayagas" a été inaugurée au début de l’année 2013. Son but ? Eviter ou retarder le départ en institution médicalisée.

Un habitat collectif d’un genre nouveau

L’immeuble de six étages émerge au milieu d’une ruelle pavée située à deux pas de la mairie de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Assise sur une chaise, Thérèse Clerc accueille le visiteur d’un sourire rayonnant. Il a fallu quinze ans de démarches et de batailles pour que la Maison des Babayagas ouvre enfin ses portes en février 2013. Elle accueille, aujourd’hui, vingt femmes retraitées aux faibles revenus, âgées de 58 à 89 ans. Elles occupent des studios de 25 à 44m2 pour des loyers hors charges de 200 à 550 euros.

"La vieillesse n’est pas une pathologie, c’est l’âge de la pleine liberté. C’est une des plus belles périodes de la vie. On n’est plus dans la production, ni dans la reproduction. On sort des contingences nécessaires pour rentrer dans la créativité", insiste la fondatrice qui a imaginé cet habitat collectif d’un genre nouveau au milieu des années 1990.

Le nom "babayaga" témoigne d’ailleurs de cette approche vivante, joyeuse, presque rock’n roll de la vieillesse : dans les contes slaves, les babayagas sont des sorcières parfois bienfaitrices, mais qui dévorent également les voyageurs imprudents…

La vieillesse n’est pas une pathologie, c’est l’âge de la pleine liberté. C’est une des plus belles périodes de la vie...

Une maison autogérée

Le concept ? Habiter chacun chez soi au sein d’un même bâtiment, en organisant l’entraide entre les plus alertes et celles qui le sont moins, dans le but d’éviter ou de retarder le départ en institution médicalisée.

Ici, à la Maison des Bayagas, la vie collective se déroule dans des espaces communs, ouverts sur le quartier. La plupart des "pensionnaires" s’avouent heureuses d’y vivre, de s’entraider et d’avoir pu rompre leur isolement. Une fois par mois, les Babayagas tiennent table ouverte. Y viennent des habitants du quartier, des jeunes, des étudiants en architecture, en anthropologie et des élèves d’écoles d’animateurs. "C’est très rafraîchissant", sourit Thérèse Clerc.

Le vivre ensemble fonctionne plutôt bien, même si l’autogestion se révèle chose peu aisée, parfois :

"Il y a des situations conflictuelles, avoue Thérèse Clerc. Des tensions ont émergé entre les femmes de soixante ans et celles de quatre-vingt ans, qui n’ont pas les mêmes attentes et ne vivent pas leur vieillesse de la même façon."

Du réseau français à une fédération européenne

Mais les difficultés quotidiennes ne contrebalancent pas les avantages de cette maison, et les babayagas tracent leur sillon imperturbablement. Thérèse Clerc, elle, travaille aujourd’hui à essaimer en France en créant un réseau des Maisons de Babayagas. Elle souhaite fédérer les projets similaires qui ont émergé ces dernières années à Saint-Priest (Rhône), Massy-Palaiseau (Essonne) et Bagneux (Hauts-de-Seine), notamment. Mais cette logique nationale semble déjà trop petite :

"Je vise l’échelon européen désormais. On trouve de nombreux exemples de ce type d’habitats autogérés en Allemagne et en Europe du nord qui a connu les béguinages*. Je voudrais créer une fédération européenne", explique la dynamique octogénaire qui multiplie les déplacements sur tout le continent. L’habitat des séniors, c’est un enjeu européen.

Maison des Babayagas, 1, rue Hoche, 93100 Montreuil.

*Communauté de femmes pieuses qui ne se sont pas placées sous l’autorité de l’Eglise et vivent donc en autonomie du pouvoir Laïque comme religieux. On en trouve particulièrement en Flandres et au Pays-Bas.

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