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Notre corps se transforme. Avec les applications biométriques et les objets connectés, il devient une clé infalsifiable mais aussi une interface et une mine de données. Ces évolutions sont-elles sans risque ? Jean-Paul Pinte, Docteur en science de l'information et de la communication et cyber-criminologue, nous répond.

Pour vous la biométrie va-t-elle au delà du simple contrôle d'accès ?

Jean-Paul Pinte

Oui. La biométrie, qui n'était au départ qu'un moyen pour vérifier une identité, va s’ouvrir sur bien d'autres utilisations. En liant cette technique aux objets connectés, elle va permettre de connaître les gens d'une façon inédite. Le suivi va se confondre avec le corps et cela va conduire à une traçabilité plus poussée des individus. Le sens de la biométrie va évoluer et permettre l'établissement en temps réel d'une identité connectée, d'un ADN numérique à partir duquel on pourra vous "reconstituer" dans les moindres détails.

La biométrie irait de pair avec les objets connectés ?

Bien sûr, la biométrie et les objets connectés vont devenir indissociables. Concrètement, la biométrie va assurer que les objets connectés sont bien liés à la bonne personne, que la collecte des données est pertinente. Cela existe déjà. On trouve par exemple Ionosys, qui propose une montre reconnaissant le réseau veineux de son propriétaire, et qui permet donc d'activer par exemple une porte ou votre ordinateur… Ou encore le bracelet Nymi qui utilise votre rythme cardiaque unique pour vous identifier avec certitude. Ces objets sont en passe de devenir des sésames indispensables dans les "Smart cities" de demain.

Voyez-vous la biométrie comme un garant ou une menace pour la vie privée ?

Les objets connectés biométriques manipulent des données liées au corps comme jamais auparavant. Dans le "cloud" et derrière une serrure biométrique se retrouveront des données sur notre activité physique, l'évolution de notre rythme cardiaque, nos déplacements mais aussi pourquoi pas, notre poids ou notre taux de sucre. Une masse de données, un "big data" personnel dont la récolte, inédite, nous échappe. Au départ, la biométrie promet de sécuriser d’avantage cet espace personnel foisonnant, notre identité numérique. On peut donc dire qu’elle participe bien à la préservation de la vie privée. Mais on se retrouve aussi à mettre en ligne des pans entiers de notre vie biologique... Au-delà du droit à l'oubli, on peut vouloir aussi un droit au "silence des puces" pour que se fasse une pause dans cette collecte.

Faut-il alors avoir peur de ce double numérique ?

Avant cela, il faudrait d'abord que les gens se rendent compte de l'étendue des données qui sont déjà disponibles sur eux sur le web ; et qu'ils suivent les recommandations du "bon sens" numérique, dont l'une des premières est de surveiller attentivement ses activités en ligne (compte en banque, mail) pour voir si quelque chose sort de l'ordinaire. Du reste, cette société de surveillance qui pourrait naître peut aussi servir de recours : les personnes qui n’ont rien à se reprocher, devant prouver qu’elles n’étaient pas à tel endroit à tel moment, seront bien contentes d'avoir leur montre biométrique qui a tout enregistré ! Il ne faut pas voir tout en noir.

Les nouvelles technologies ont pris d'assaut la biométrie et ses multiples champs d'application.