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Le climatologue Hervé Le Treut, membre du GIEC* et de l’Académie des sciences, revient sur les enjeux de la conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP21) qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre.

Les négociations internationales visent à limiter à 2°C la hausse de la température mondiale d’ici à 2100. Pourquoi +2°C ?

Hervé Le Treut - Académie des sciences

C’est la Commission européenne qui, la première, a fixé l’objectif de limiter le réchauffement planétaire à 2°C par rapport au niveau préindustriel. Le GIEC* a conforté ce choix en 2007, et tous les pays se sont engagés sur cette trajectoire lors des accords de Cancun en 2010. Bien sûr, ce n’est qu’un repère, forcément réducteur. Mais il présente un intérêt majeur, car il est à la fois validé par le monde scientifique et suffisamment simple pour fédérer tous les acteurs en présence. C’est un peu comme limiter la vitesse à 50km/h sur la route. Cela n’empêche pas les accidents mais cela permet de réduire les risques à un niveau jugé acceptable. Et puis, l’effort demandé est suffisamment important pour obliger tous les pays à aller de l’avant.

Les efforts annoncés restent certes insuffisants par rapport à la cible de +2°C mais sont assez significatifs pour créer une dynamique.

Que se passera-t-il si les Etats ne font rien ?

D’après les projections des scientifiques, en l’absence de politique volontariste en la matière, les températures pourraient augmenter de 4 voire 6°C d’ici la fin du siècle, avec des conséquences dramatiques pour l’humanité. Concrètement, si nous ne faisons rien pour contrer ce phénomène, le niveau de la mer montera de 50 centimètres à 1 mètre ; les deltas comme le Nil ou le Gange seront salinisés puis submergés ; la surface des terres arables risquera de diminuer ; de nombreuses espèces animales et végétales disparaîtront ; l’acidité des eaux affectera une grande partie des coraux. Et ce ne sont que quelques exemples.

Parmi tous les risques sous-jacents au réchauffement climatique, lequel vous paraît le plus menaçant ?

Nous commençons à observer les changements du système climatique depuis les années 1990. Des symptômes se font déjà sentir, mais ce n’est qu’un début comparé à ce qu’on observera dans vingt ans. La "sentinelle" c’est l’Arctique, où l’étendue de la banquise à la fin de l’été a déjà diminué en moitié en quatre décennies. Les zones habitées les plus vulnérables se situent dans la zone intertropicale. En Afrique et en Asie, les risques d’aridité du sol, d’inondations ou au contraire de sécheresses vont troubler les récoltes, alors même que les besoins en alimentation vont exploser. Derrière la lutte contre le changement climatique, l’enjeu est de garder une planète autant que possible en paix, d’éviter de créer de nouvelles sources d’inégalité ou de conflits, mais aussi de préserver la biodiversité, car les dommages sont irréparables. Il faut bien identifier ces causes et se mobiliser autour d’elles.

"La climato-indifférence, obstacle le plus fort" à la prise de décisions

La COP 21, ce sont des tractations diplomatiques... Mais nous, que pouvons-nous faire face au changement climatique ?

Les négociations internationales seront cruciales mais la mobilisation locale est tout aussi importante. Face à un problème aussi complexe, l’échelle collective est irremplaçable. Je ne crois pas trop à une action strictement individuelle. Par exemple, ne plus manger de viande venue de très loin, rouler en vélo, tout cela a un sens, c’est très bien, mais contribuer à créer les conditions qui permettront au plus grand nombre d’en faire autant c’est mieux. L’ambition passe beaucoup par nos municipalités et nos régions. A ce titre, la vigueur de la vie associative, en France notamment, constitue un vrai motif d’espoir : il y a partout des associations qui s’occupent d’éducation, de débats, qui s’impliquent dans la gestion du territoire. C’est dans ce domaine que se trouve une partie de la solution.

Quel est votre sentiment à l’approche de cette COP21 ?

Je pense qu’il y a des raisons d’être optimiste. A ce stade tout le monde semble avoir envie de signer un accord. 140 Etats ont d’ores et déjà publié des engagements, y compris les Etats-Unis et la Chine. Les efforts annoncés restent certes insuffisants par rapport à la cible de +2°C** mais sont assez significatifs pour créer une dynamique.


* GIEC = groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, qui fournit des évaluations scientifiques sur le réchauffement planétaire.
** NDLR : d’après un rapport de Climate Action Tracker paru le 1er octobre, les actions envisagées conduiraient à une augmentation de 2,7°C d’ici 2100.