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Grâce au premier stent connecté, les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires vont bientôt dire adieu aux effets secondaires générés par ces petits ressorts placés dans les artères. Interview du Pr Abdul Barakat, directeur de la chaire ingénierie cellulaire cardiovasculaire de l’école Polytechnique.

Comment l’ingénieur que vous êtes s’est-il intéressé aux maladies cardiovasculaires ? N’est-ce pas un domaine traditionnellement trusté par les médecins ?

Vous savez, les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de mortalité dans le monde, donc elles n’intéressent pas que les médecins ! Les ingénieurs s’y penchent également car l’apparition de ces pathologies repose sur des facteurs mécaniques importants tels que la pression sanguine ou la déformation des tissus. Je travaille depuis 15 ans sur les stents, ces petits ressorts capables de maintenir la circulation sanguine dans les artères ou veines obstruées. 7 millions sont posés chaque année dans le monde, dont 150 000 en France ! Ils permettent de sauver de nombreuses vies, mais entrainent également des effets secondaires que nous avons cherché à corriger avec notre innovation : instent.

Quelle est sa particularité par rapport aux stents déjà existants ?

Il existe actuellement 2 types de stents : les "stents nus" nés en 1986 et les "stents actifs" apparus en 2003. Les premiers fonctionnent bien, mais peuvent entrainer chez certains patients des resténoses : une croissance de cellules qui finissent par obstruer le nouveau canal ouvert par le stent. Les seconds libèrent des molécules qui empêchent justement l’apparition de resténoses. Seul hic, en libérant ces molécules, ils peuvent bloquer le processus de cicatrisation et provoquer des thromboses, c’est-à-dire la formation d’un caillot sanguin. Il faut alors prescrire des anticoagulants. Cela fonctionne bien mais on ignore toujours pendant combien de temps prescrire ces médicaments. Instent permet justement de repérer en temps réel l’apparition des complications, et de connaître le stade de cicatrisation de l’artère, afin d’adapter les traitements.

Auparavant, il n’était pas possible de connaître l’état d’une artère équipée de stent ?

Si, mais il fallait passer par la technique de l’imagerie. Un processus coûteux, chronophage et invasif qui suppose que le patient prenne rendez-vous avec son médecin pour se faire implanter un cathéter dans l’artère (OCT). Avec un stent connecté, nul besoin de consultation médicale : il délivre en temps réel les informations sur l’artère au patient et/ou à son praticien.

Concrètement, comment votre stent connecté fonctionne-t-il ?

C’est un dispositif médical muni de capteurs sans fil, intelligents et communicants, intégrés au stent. Ces capteurs détectent le stade de cicatrisation de l’artère, mais aussi l’état du ressort : est-il couvert de cellules musculaires lisses risquant d’entraîner une resténose ? Ou alors de caillots sanguins susceptibles de provoquer une thrombose ? Les capteurs envoient les signaux détectés vers l’extérieur. A terme, ils pourront communiquer les résultats au patient via une application mobile.

Avez-vous identifié certains risques ?

Le risque zéro n’existe pas. En tant qu’objet connecté, Instent est potentiellement vulnérable aux cyberattaques comme tout objet connecté, donc il faut faire le maximum pour sécuriser les données. En outre c’est un dispositif électronique mais nous n’avons identifié aucun risque à ce jour.

Quand pourra-t-il être proposé aux patients ?

Il reste encore plusieurs étapes mais les choses avancent ! En juillet 2015, nous l’avons implanté à un cochon souffrant de thrombose. Les résultats ont été très encourageants car les capteurs ont détecté la pathologie. 5 mois plus tard, nous avons implanté un autre stent dans un autre animal pour une durée d’un mois. Cette expérience a prouvé que le système fonctionnait dans la durée. Les premiers essais cliniques chez l’homme devraient démarrer en 2018. Si tout se passe comme prévu, le stent connecté pourrait être une réalité pour les patients dès 2019.

Réfléchissez-vous déjà à d’autres solutions permettant d’améliorer la qualité de vie des personnes souffrant de maladies cardiovasculaires ?

Absolument. Nous réfléchissons déjà à d’autres types de dispositifs implantés – autres que les stents - qui pourraient éviter l’apparition de thrombose mais impossible d’en dire plus pour le moment, c’est confidentiel !

Les travaux du Professeur Barakat sont soutenus par le Fonds AXA pour la Recherche depuis 2009. Découvrez son projet de recherche.