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Depuis les années 1990 une pléiade d’indicateurs alternatifs a vu le jour pour mesurer le bien-être, le progrès social ou la protection de l’environnement. Débat d’économiste ? Pas seulement. Ces indicateurs agissent sur les décisions politiques et reflètent finalement ce qui compte pour nous.

Pourquoi des indicateurs de richesse ?

"Ce qui n’est pas compté finit par ne plus compter, par être oublié, nié, étouffé (…) Il nous faut faire un inventaire de ce à quoi nous tenons", notait la philosophe et sociologue Dominique Méda .

De quoi une société est elle riche ? Qu’est ce qui compte pour nous ? C’est un économiste américain, Simon Kuznets, qui a "inventé" la comptabilité nationale et le produit national brut au début des années 1930. L’objectif était alors de mesurer l’effet de la grande dépression sur l’économie des Etats-Unis. Depuis, la richesse d’une société est déterminée par sa production, ou plus exactement "par les biens et services produits qui font l’objet d’une appropriation ou d’une consommation".

Ce qui n’est pas compté finit par ne plus compter, par être oublié, nié, étouffé (…) Il nous faut faire un inventaire de ce à quoi nous tenons.

Les limites et insuffisances du PIB

Le Produit Intérieur Brut (PIB) est devenu, depuis les années d’après-guerre, l’étalon de référence servant de boussole à la plupart des responsables économique et politiques.

Or, la croissance économique -mesurée par le PIB- ne prend en compte que la production monétarisée. Or, le PIB mesure-t-il vraiment de la richesse quand il comptabilise les dépenses liées aux destructions ? Ainsi, un naufrage pétrolier (occasionnant des travaux de dépollution) ou les dépenses d’hospitalisation suite aux accidents de la route sont autant d’échange pris en compte, bien loin du bien-être des citoyens ou du progrès social d’une société.
Insensible à la nature des activités qu’il additionne, le PIB est tout aussi indifférent à l’empreinte environnementale de l’activité économique.

"Le problème d’un indicateur comme le PIB tient au fait qu’il ne nous renseigne pas sur les richesses réelles puisque une grande partie de celles-ci sont invisibles à ses yeux", observe le philosophe Patrick Viveret**. Il ne prend pas en compte de nombreuses activités comme le bénévolat et le travail domestique, qui contribuent pourtant au bien être individuel et collectif.

L’émergence de nouveaux indicateurs de richesse….

"Une société riche, se pourrait être aussi, écrivait en 1968 Bertrand de Jouvenel, une société civilisée ou les individus disposent de davantage de temps pour se cultiver, jouir des œuvres de l’esprit et prendre soin de leur environnement". Il a fallu attendre les années 1990 pour qu’un mouvement appelant à constituer et à défendre de nouveaux indicateurs de richesses commence à émerger. Ce sont les travaux de l’économiste Amartya Sen qui ont ouvert la voie, en 1990, avec le fameux Indicateur de développement humain (IDH) publié par le Programme des Nations-Unies pour le développement (Pnud).

Plusieurs autres thermomètres ont été créés pour évaluer la santé sociale des pays. Le coefficient de Gini vise à mesurer le degré d’inégalités au sein d’une société donnée, l’ISS jauge lui "la santé sociale américaine". Le Bouthan a même mis en place un célèbre "Bonheur Intérieur Brut". En France, un collectif associatif français est à l’origine du Baromètre des Inégalités et de la Pauvreté (BIP 40). D’autres indicateurs, comme "l’Empreinte écologique", permettent désormais de mesurer l’impact de l’activité humaine sur l’environnement.

"Nous avons besoin d’une batterie d’indicateurs. On ne pourrait pas conduire une voiture avec un seul cadran au tableau de bord", poursuit le philosophe Patrick Viveret. "Il nous faut des indicateurs d’alerte qui puissent révéler des problèmes de seuil et de soutenabilité tant dans le domaine de l’environnement que sur le plan social".

… Adoptés par les pouvoirs publics

Signe que ces idées gagnent du terrain, une proposition de loi relative aux indicateurs de richesse alternatifs au PIB a été adoptée en début d’année 2015 par l’Assemblée nationale. Elle est aujourd’hui à l’étude au Sénat. Parallèlement, le SPI (ou social Progress Index) est un baromètre en cours de développement, qui agrège plus de 50 mesures de progrès social. Tendant à prouver que croissance ne rime pas toujours avec progrès, il a déjà été adopté par de nombreux pays ainsi que par la commission européenne, qui s’est engagé à le prendre en compte dans ses processus de décisions. Prêts à mesurer votre bonheur ?