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Offrir à tous les dernières technologies médicales, voilà les promesses de l’esprit "maker". Doux rêve ? Pas si sûr…

C’est une histoire comme il en existe des milliers au Sud-Soudan : celle de Daniel Omar, un adolescent qui gardait du bétail lorsqu’une bombe lancée contre des rebelles à proximité lui a fait perdre ses deux bras. Incapable de se nourrir seul, devenu un poids pour sa famille, le jeune paysan expliquait en 2013 à un journaliste du Time Magazine qu’il aurait préféré mourir dans l’explosion. Sauf que pour une fois, l’histoire ne s’est pas arrêtée là : en Californie, Mick Ebeling, fondateur de la start-up à but non lucratif Not Impossible Lab, a lu l’article et a décidé de lui porter secours.

Des prothèses "open source"

En novembre 2013, il s’envolait pour les monts Nouba, deux imprimantes 3D dans ses bagages et un prototype de prothèse de bras dans sa clé USB. Sur place, l’Américain n’avait plus qu’à imprimer et à installer les bras artificiels, en moins de six heures et pour 75 euros.
Résultat, deux ans après son accident, Daniel peut à nouveau manger seul.
Une belle histoire sur l’entre-aide ? Pas seulement. Car en laissant les imprimantes 3D sur place et en formant une équipe à leur utilisation, il a permis à toute la zone un accès aux prothèses. Quant au modèle de fabrication, il est en open-source, c’est-à-dire en accès libre et gratuit. N’importe qui dans le monde peut donc personnaliser et améliorer la prothèse, et évidemment l’imprimer en 3D.

La prothèse 3D à portée de bras

Une piste prometteuse pour améliorer l’accès au soin

Et ce qui est possible pour des bras artificiels est possible pour tout le reste : prothèses de mains, bras, jambes, articulations… Et même matériel médical de pointe ! De plus en plus d’objets médicaux se créent sur ce mode ouvert, collaboratif, personnalisable et à la demande. Par exemple, l’Université de Washington a ainsi mis au point en open source le robot chirurgien "Raven" et l’université du Wisconsin a construit un véritable scanner.
En définitive, l’open-source médical est bien une piste prometteuse, empruntée par de plus en plus de chercheurs. L’enjeu n’est pas seulement d’aider les territoires délaissés comme le Sud-Soudan, il est aussi de prêter assistance aux personnes n’ayant pas les moyens d’accéder aux innovations médicales, ainsi que tous ceux souffrant de problèmes trop rares pour que soient développées commercialement des solutions. Bref, avec de la débrouillardise, de la passion et de l’entraide, l’esprit "maker" pourrait bien réduire une partie des inégalités en matière de santé.