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À quoi ressembleront les urgences dans 30 ans ? Le CHU de votre ville sera-t-il toujours en place dans 50 ans ? Jérôme Bataille, architecte et fondateur de la Fondation d’entreprise AIA (Architecte Ingénieur Associé) pour l’architecture, la santé et l’environnement, dessine pour nous les contours de l’hôpital de demain.

Pourquoi l’hôpital de demain sera différent de celui d’aujourd’hui ?

Interview - L'hôpital du futur d'après Jérôme Bataille, architecte et bâtisseur de santé

Logiquement, l’hôpital de demain permettra la médecine de demain, c’est à dire une approche plus préventive que curative. Le diagnostic sera plus précoce, d’où une prise en charge plus rapide, avec moins de soins par la suite. On va également vers une médecine beaucoup plus personnalisée : chaque médicament sera prescrit précisément en fonction du profil du malade, de ses antécédents… Et il ne faut pas oublier non plus que les patients aussi vont changer : ils seront plus âgés, mieux informés, plus connectés et à l’aise avec les nouvelles technologies. On peut prévoir qu’ils resteront davantage à domicile pour le traitement des pathologies chroniques. Tout cela change le lieu de soin.

A quoi ressembleront alors ces hôpitaux ?

Cela dépendra de leur fonction. On pourrait imaginer trois types d’hôpitaux, avec des architectures spécifiques : l’hôpital général, l’hôpital spécialisé et celui de filière. L’hôpital général désigne de grands centres qui rassembleront une multitude de services. Ce sera un lieu de diagnostic concerté. Ces vingt dernières années, en France, on a déjà commencé le travail de rénovation : les bâtiments sont plus ouverts, souvent avec un large hall d’accueil, car on reçoit des pathologies très différentes. Les espaces sont plus lumineux. Le parcours de soin est facilité. Typiquement, à l’Institut Gustave Roussy, quand il fallait parfois 9 passages différents, il faut aujourd’hui un seul jour de diagnostic.

L'hôpital de demain permettra la médecine de demain, c’est à dire une approche plus préventive que curative.

Et pourquoi développer également des hôpitaux spécialisés ?

Car il est important d’avoir une médecine spécialisée de proximité. Ces centres ORL, ophtalmo, de chirurgie plastique ou orthopédique vont mailler le territoire. Ils viseront l’efficience médicale. Ils seront de taille réduite, car leur but n’est pas le diagnostic concerté : ils sont un lieu de soin spécialisé. Ils coûteront donc moins cher et proposeront un temps d’attente réduit, puisque 90% des actes chirurgicaux seront programmés.

Ils seront spécialisés comme le "troisième type", l’hôpital de filière ?

Non, pas exactement. L’hôpital de filière, c’est un établissement d’excellence sur des pathologies complexes. Un hôpital entier consacré à une filière très pointue, comme la chirurgie ambulatoire, le sport, le cerveau, la douleur… Ils existent déjà dans certains cas, comme l’hôpital de Garches, spécialisé dans les soins aux grands accidentés de la route. Ce sont des centres de pointe, les patients avec des pathologies particulières viennent de loin : nous ne sommes plus du tout dans un maillage local. Architecturalement, cette spécialisation s’en ressent, avec une organisation propre au domaine d’expertise.

Quels freins identifiez-vous à l’hôpital de demain ?

Essentiellement budgétaires. L’offre de soins étant déjà large en France, on est à périmètre constant : à chaque construction d’établissement de soin, on abandonne un lieu ancien équivalent. On déforme, on réforme le maillage du territoire, mais on crée peu de lits en plus. Cela donne un numéro d’équilibriste compliqué.

Il existe aussi des freins règlementaires : les normes que l’on utilise sont très strictes, pour limiter le risque d’infection nosocomiale. Par exemple, on interdit les fleurs ou les rideaux dans les chambres... Ces règles pèsent sur l’architecture, et sur les innovations que l’on pourrait imaginer pour les hôpitaux de demain ; même si on peut comprendre que le balancier soit parti très fortement en faveur de l’hygiénisme.

Un dernier frein est plus politique, constitué par la mauvaise préparation des villes à recevoir des établissements de santé, car ce n’est pas de leur ressort. Le meilleur exemple est le Grand Paris, organisé au niveau régional et qui a été pensé pour les services, les commerces, les logements… Mais absolument pas pour la santé ! Pourtant, il est vraiment important que les villes remettent la main sur le service de santé qu’elles offrent localement.

Pour conclure, si vous deviez lister les grands chantiers de l’hôpital de demain ?

Comme de façon globale l’offre de soins est excellente en France, il ne faut pas tout détruire. On peut donc améliorer la qualité de l’accueil et la sortie de soins. A ce titre, il faut créer une meilleure articulation entre le sanitaire et le médico-social. Après la sortie d’hôpital des patients en difficulté, la gestion des soins s’apparente souvent à un parcours du combattant.

Pour les soins à proprement parler, le grand changement sera celui du diagnostic. Les nouvelles technologies vont permettre des analyses encore plus personnalisées qu’avant, avec des traitements spécifiques à chaque individu. C’est ça le futur de l’hôpital.

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