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"Si Lehman Brothers s’était appelé Lehman Sisters, la banque n’aurait pas fait faillite". Cette plaisanterie, notamment dite par Christine Lagarde, révèle de nouvelles croyances : les femmes seraient de meilleurs leaders et de vrais moteurs pour la croissance des entreprises. Certaines études récentes vont d’ailleurs dans ce sens.

Les femmes leaders ont la côte

En mai 2016, Isabelle Kocher, future PDG d’Engie, deviendra la première femme à diriger un groupe du CAC 40. En janvier, c’était Sophie Bellon qui prenait les rênes de l’entreprise Sodexo. Ces deux exemples prouvent la montée en puissance des femmes dans la sphère dirigeante française, à l’heure où les questions d’égalité professionnelle et salariale occupent le devant de la scène. Une avancée encouragée par un cadre légal plus incitatif pour la mixité des entreprises : la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes a avancé l’obligation de présence de 40% de femmes dans les conseils d’administration des entreprises cotées à 2017, avec une première étape de 20% depuis le 1er janvier 2014.

Si cette loi porte ses fruits (25% des sociétés du CAC 40 et 17,5% de celles du SBF 120 ont déjà atteint le seuil des 40%), le fameux plafond de verre demeure : les femmes dirigent 30% des entreprises mais seulement 5% des plus grandes sociétés mondiales. Et dans la finance, seuls 4% de femmes sont à la tête de grandes firmes globales pour un secteur féminisé à 60% ! Lehman Sisters ne serait donc pas pour demain, et c’est bien dommage pour la croissance.

La féminisation des entreprises, synonyme de performance

En effet, la féminisation de l'encadrement doperait la performance boursière de l'entreprise. C’est en tout cas le constat de 2 études récentes. La première a analysé que les entreprises qui comportent au moins 30% de femmes dans leur corps dirigeant voient leur rentabilité finale augmenter de 6%. Autre constat, les Conseils d’Administration "féminisés" (ayant 3 femmes ou plus en leur sein) appartiennent à des entreprises plus rentables de 3% par rapport à leur homologues au CA exclusivement masculins… Enfin, une étude Women Equity a montré que les PME dirigées par des femmes ont connu une meilleure croissance sur l'année 2013…

Des études statistiques qui n’expliquent pas le rapport de cause à effet, mais ouvrent des pistes de réflexion : les femmes sont-elles de meilleures leaders ?

Les femmes sont des managers comme les autres

On oppose fréquemment un style de management masculin autoritaire, et un management féminin démocratique et consensuel. Mais gare au cliché sur la douceur féminine et le sexisme inversé qu’il produit ! Pour la chercheuse Sarah Saint-Michel, les femmes restent des managers comme les autres ! Les causes de cette meilleure performance sont plutôt à chercher du côté des bénéfices structurels que les entreprises tirent de leur féminisation. C’est aussi la conviction de Michel Ferrary, professeur à HEC et fondateur de l’observatoire Skema de la féminisation des entreprises. Pour lui, les entreprises qui emploient plus de femmes ont plus de chance de recruter un personnel compétent (car elles augmentent la taille de leur marché d’emploi). De plus, elles comprennent mieux les attentes des clientes, tout en améliorant leur processus décisionnel par la diversité des points de vue. Et enfin, leur proactivité sur les questions de mixité est tout simplement la conséquence de leur ouverture et de leur structure plus innovante, des arguments solides de croissance ! Alors messieurs (et mesdames) les recruteurs, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

A lire : "Hommes, femmes, leadership. Mode d’emploi." Valérie Petit, Sarah Saint-Michel, Pearson.