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En 2011, le magazine Elle lançait son premier forum Elle Active. L’objectif : donner aux femmes les clés pour s’épanouir dans leur vie personnelle et professionnelle. Anne-Cécile Sarfati, rédactrice en chef du magazine et directrice d’Elle Active, présente le forum et les enjeux auxquels il répond.

Comment définir Elle Active ?

Interview d'Anne-Cécile Sarfati, Rédactrice en chef de Elle France et organisatrice de Elle Active

Elle Active est un forum qui soutient les femmes qui travaillent et les aide à mieux articuler leur vie perso avec leur vie pro. Ce programme a été lancé à la suite des États généraux de la femme organisés par Elle en 2010. En allant écouter la parole des femmes partout en France, nous avons réalisé qu’elles rencontraient les mêmes problèmes : décalage entre leur niveau de formation et leur place dans la vie économique, sexisme, un monde du travail encore très masculin et une famille qui repose à 80% sur leurs épaules. On ne l’a pas découvert en 2010, mais entendre cette parole, dans toute sa crudité, a eu l’effet d’un électrochoc. Nous avons décidé de reprendre la parole, autrement, pour faire pression sur les pouvoirs publics et économiques afin qu’ils améliorent le contexte des femmes qui travaillent. Nous avons lancé un blog, puis une rubrique sur le site Elle, puis le forum.

Pour vous, les femmes renoncent encore à s’élever professionnellement ?

Complètement. Il y a beaucoup d’autocensure. Les femmes n’osent pas assez demander plus d’argent, de responsabilités. Elles sont aussi rattrapées par le système. Au départ, elles sont ambitieuses, font des études brillantes, sortent plus diplômées que les hommes. Mais 10 ans plus tard, elles n’ont pas eu les mêmes carrières. Que s’est-il passé ? Très vite, elles ont été freinées par la logistique de la PME familiale dont elles ont la charge. Or au sein de l’entreprise, pas mal de choses stratégiques se passent à 19h. Même si les mentalités ont évolué, la société est par ailleurs toujours très construite sur le fait que la famille est l’affaire des femmes. Il y a encore des enseignants pour parler de "l’heure des mamans" à 16h30 alors que très peu sont là.

Comment intervient Elle Active ?

Le forum est constitué d’une séance plénière, qui débat des moyens de faire pression. Sur le plan politique, nous souhaitons par exemple obtenir le service public de la petite enfance promis à chaque élection. Chez les moins de 3 ans, seuls 11% ont une place en crèche. Plus de 60% sont gardés par leur famille, c’est-à-dire par leur mère. C’est un frein direct à la carrière des femmes. Nous faisons également pression sur les entreprises pour qu’elles fassent entrer la question de la parentalité dans leur organisation : créer des crèches, des aides mais aussi se rénover dans leur manière de travailler. Les réunions avant 8h ou après 18h, ça n’est plus possible. Notre grande originalité est de proposer des ateliers pratiques pour aider les femmes à se prendre en charge par elles-mêmes, parce qu’elles ont une marge de manœuvre et qu’elles ne peuvent pas tout attendre du politique et de l’entreprise. Toutes les questions sur lesquelles elles ont besoin d’aide sont traitées : demander une augmentation, le mode de garde des enfants, le marketing de soi, le réseau, etc.

Gérer son stress, valoriser son travail, parler d’argent sont le sujet de certains ateliers. Ce sont des problèmes plus féminins ?

Non, il ne faut pas être binaire. Il existe des hommes victimes d’autocensure et de stress excessif, mais les femmes le sont plus. Dans mon livre, Être une femme au travail (Odile Jacob), je cite une étude qui dit qu’un homme candidate à un poste lorsqu’il pense avoir 50% des qualités exigées alors qu’une femme aimerait en avoir plus de 100%. C’est évidemment l’homme qui a raison, on ne peut pas être au top du poste avant de l’avoir exercé. Les femmes manquent aussi de distance parfois. Un homme qui subit un échec dans son travail n’est pas forcément mortifié et là encore, il a raison ! C’est le syndrome de la bonne élève. Les femmes fonctionnent avec des règles de réussite qui conviennent très bien à l’école mais ne sont pas adaptées au monde du travail. Elles pensent qu’après un succès, elles vont obtenir une promotion. C’est faux, vous n’obtenez que ce que vous demandez. La question de l’argent, de la négociation est à ce titre très importante car occuper la même place que les hommes passe par là. Des enquêtes montrent un différentiel de 30% entre le salaire d’un homme et d’une femme dès le premier emploi ! Évidemment qu’elles gagnent ensuite moins toute leur vie.

Et pour les femmes qui souhaitent monter leur entreprise ?

Un atelier leur est dédié. Cela fait partie des marges de manœuvre individuelles qui aident à gérer son temps. De plus en plus de femmes sont intéressées. Mais attention, nous ne sommes pas non-plus dans l’angélisme avec le système des mompreneurs, ces mères-entrepreneurs, qui peut être piégeant. Monter sa boîte, c’est y consacrer tout son temps les premières années. On ne leur cache pas les difficultés et on fait venir des entrepreneuses à succès qui témoignent. Notre philosophie est très positive. Ce forum existe pour donner de l’énergie aux femmes. Nous l’avons développé parce qu’il y a des femmes qui arrivent à tout faire et que nous voulons transmettre leurs stratégies.

Quelles sont les prochaines étapes pour Elle Active ?

Le prochain forum se tiendra le 1er février 2015 à Lyon, puis nous serons à Paris les 8 et 9 avril, à Bordeaux – une nouvelle date ! – le 16 juin et enfin à Marseille en octobre. Pour chaque forum, nous proposons une thématique différente. Les personnes intéressées peuvent retrouver nos dates et s’inscrire sur www.elle.fr. Attention, il y a tellement de monde que l’inscription est obligatoire.

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