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Certaines entreprises rivalisent d’imagination pour favoriser le bien-être de leurs employés. C’est le Feel Good Management, venu directement de la Silicon Valley. Est-il vraiment rentable de rendre ses employés heureux, ou est-ce le luxe de quelques entreprises en forte croissance ? Coup d’éclairage sur ce management qui vous veut du bien.

De la Silicon Valley à l’Allemagne

Au commencement était la "net économie". Les Start-ups sont arrivées à la fin du millénaire avec de nouvelles aspirations managériales et des méthodes restées emblématiques : pas de costumes, des relations de travail dé-stratifiées et le bien-être érigé comme règle interne… Un luxe d’entreprise en croissance ? Une nouvelle forme de gestion des ressources humaines ? Peut-être un peu des deux. Malgré l’explosion de la bulle internet de 2000, le web management n’a pas disparu. Au contraire, Google reste en tête du top 100 des meilleurs employeurs américains, et tout y est fait pour que les salariés s’épanouissent : salles de repos, consoles de jeux, nourriture gratuite… Cette tendance a particulièrement convaincu Outre-Rhin, où des entreprises allemandes ont développé le poste de Feel Good Manager (FGM). En charge du bien-être dans l’espace de travail, le FGM doit en revanche alerter et limiter les stress tout en améliorant pratiquement les conditions des employés. En somme, il reprend une partie des fonctions du DRH (bien-être, ressenti des employés) tout en étant dé-corrélé des missions d’évaluation de performance, de paye et de carrière. C’est le modèle choisi par Jimdo, société spécialisée dans la création de sites Internet. Une équipe "Feel-Good" y a été créée pour s’assurer du bien-être des employés. A Berlin, ResearchGate, déclinaison de Facebook pour les chercheurs, a consacré un étage entier de ses bureaux aux repas, aux siestes et aux jeux.

Maintenir des équipes motivées, cela implique de les surprendre, de les amuser, de les engager.

La recette de la joie au bureau

Quels sont donc les ingrédients d’un "Feel Good Management" réussi ? Tout d’abord, il faut prendre particulièrement soin des nouveaux arrivants pour faciliter leur intégration. Chez Jimdo, les recrues participent à des jeux pour mieux connaître leurs collègues, tandis que le FGM facilite leurs démarches administratives et d’installation… Autre bonne pratique, encourager la communication interne avec des feedbacks réguliers sur le travail accompli, de l’employeur comme de l’employé. Être bien dans son corps est un autre facteur clef : "se relaxer, bien manger, tout cela impacte le moral directement" souligne Stéphanie Haussler, FGM de équipes Spreadshirt. "Et enfin, permettre une ambiance à la fois bienveillante, créative et joyeuse : Maintenir des équipes motivées, cela implique de les surprendre, de les amuser, de les engager" confirme Stéphanie Hassler.

Le bonheur, une nécessité de marché

Mais toutes ces mesures ne sont pas gratuites ; et les entreprises qui s’y risquent attendent en retour un peu plus qu’une belle culture d’entreprise. Réduction de l’absentéisme, baisse des retards, baisse du turnover, augmentation du nombre de CV reçus... Les avantages sont quantifiés. Ce "management par la joie de vivre" est même devenu une norme de marché pour le recrutement de profils courtisés. "Quand une start-up doit tripler ses effectifs en 1 ou 2 ans, tout en recrutant les meilleurs, le "Feel Good" est une nécessité" souligne ainsi Youssef, Directeur d’une start-up parisienne. Il convient donc d’être en phase avec les aspirations des fameuses "générations Y". Selon l’Association allemande des agences de communication (GWA), 57% des jeunes embauchés considèrent que l’ambiance de travail est l’élément le plus important dans leur choix de carrière, contre 34% seulement pour le salaire.

Bonheur et productivité… Pour tous ?

Imagine-t-on alors le FGM dans tous les secteurs ? Les hauts fourneaux et les docks vont-ils passer en mode happy ? Un "Feel Good Management" complet est un investissement conséquent. Seules certaines entreprises s’y collent : celles en croissance, avec une concurrence forte sur les profils créatifs/jeunes, et évoluant dans un futur incertain, la bonne ambiance devenant une sorte de salaire indirect. Et les grands groupes ? Ils commencent également à s’y intéresser, et certains modifient lentement leurs règles internes pour permettre un peu plus de bien-être (sieste, horaires aménagés…). Mais le grand nombre d’employés limite beaucoup une culture d’entreprise uniforme : "Les employés français sont méfiants vis-à-vis de cette joie de vivre édictée comme règle" souligne Sandy, aux ressources humaines d’un grand groupe de luxe. Pour elle, vouloir introduire cette culture d’entreprise peut même être dangereux : "Il faut accepter que les employés ne soient pas toujours ravis de se lever tôt et de laisser leurs enfants à la crèche… Alors si en plus on leur demande de faire la fête pendant leur temps libre avec les collègues ! Certains voient ce type de management comme intrusif et un peu effrayant. On m’a même parlé de diktat de l’enthousiasme… Il faut accepter ces sensibilités". Le débat reste entier. Et vous, souhaitez-vous être managés en mode "Feel good" ?