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Imaginez des économies dans lesquelles les entreprises ne vendraient plus des produits mais l’usage de ceux-ci. Cette nouvelle donne existe déjà sous le nom d’économie de fonctionnalité ou économie d’usage. Réinvention de la location ou véritable révolution vers un développement durable ?

Une réponse aux défis écologiques

"Un jour, nous regarderons le XXe siècle et nous nous demanderons pourquoi nous possédions autant de choses", observait en mars 2011 le journaliste Bryan Walsh, dans les colonnes du Time, dans un article consacré à l’économie d’usage. Celle-ci serait, selon le célèbre hebdomadaire américain, l’une des dix grandes idées amenées à changer le monde.

Apparue au début du millénaire, elle a pris son envol dans le sillage de la crise économique et financière de 2008. Pour Hugues de Jouvenel, directeur de la revue prospective Futuribles, cette nouvelle économie traduirait une mutation profonde de nos modèles économiques. Son principal atout ? Elle permet d’économiser les matières premières et particulièrement les ressources énergétiques. Ses leviers de développement ? Internet, qui favorise une économie de pair à pair et modifie le rapport à la propriété. Pour l’économiste, essayiste et sociologue américain Jeremy Rifkin, l’économie d’usage devrait donner naissance à une économie post-carbone et collaborative. Avec elle, c’est l’avènement de la troisième révolution industrielle rendue possible.

"Le but est d’optimiser les ressources en favorisant l’éco-conception et en allongeant leur cycle de vie", explique la journaliste et essayiste Anne-Sophie Novel.*

Et cette économie de fonctionnalité rencontre un succès grandissant auprès des responsables d’entreprises et des décideurs politiques. En France, dès 2009, une première action d'accompagnement de PME vers l'économie de la fonctionnalité a été initiée par le Conseil Régional du Nord-Pas de Calais. En 2013, d’autres expériences ont été conduites à titre expérimental dans les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Rhône-Alpes.

Un jour, nous regarderons le XXe siècle et nous nous demanderons pourquoi nous possédions autant de choses.

Une affaire qui roule vers le développement durable

Les constructeurs et équipementiers automobiles ont été parmi les premiers à investir cette nouvelle forme d’économie en proposant de passer de la vente de voitures à des solutions de mobilité durable. BMW a ainsi opté pour une solution d’autopartage, aussitôt suivi par Volkswagen. Peugeot et Citroën ont lancé, de leur côté, leurs propres offres de mobilité. Dans le même esprit, Michelin ne vend plus de pneus aux sociétés de poids-lourds mais le kilomètre parcouru…

Des particuliers vont encore plus loin : pourquoi acheter une voiture qui reste à l’arrêt en moyenne plus de 90% du temps selon les statistiques ? Le succès de Blablacar, leader mondial du covoiturage avec 10 millions d’usagers, traduit ainsi la montée en puissance de ces nouveaux modes de consommation. L’autopartage permettrait d’ailleurs, selon Jeremy Rifkin, de réduire de 30 à 50% notre consommation d’énergie et de matières premières.

Et ce cercle est vertueux : dans un tel modèle, plus l’objet dure, plus il est rentable pour la société qui l’a produit et en assure elle-même le service. Celle-ci a donc tout intérêt à offrir une durée de vie maximale à son produit pour en retarder le remplacement. L’économie de l’usage rendra-t-elle obsolète l’obsolescence programmée ? Permettra-t-elle de sortir du modèle industriel "extraire-produire-consommer-jeter" ? L’avenir nous le dira.

*Dans Vive la corévolution, pour une société collaborative.

Interview de Anne-Sophie Novel - FUTUREMAG - ARTE