Publié le

A 28 ans, Philippe Hayat rachète la société de son grand-père et parvient à la développer avec un succès certain. Depuis, il n’a de cesse de promouvoir la création d’entreprise. Son association, 100 000 Entrepreneurs, réunit 5 000 patrons qui racontent leur réussite professionnelle à des élèves de 13 à 25 ans. A ce jour, ce sont 250 000 jeunes qui ont été sensibilisés aux joies de l’entrepreneuriat.

Entreprendre, c’est avant tout lancer son entreprise ou c’est plutôt un état d’esprit ?

citation-home-page-philippe-hayat

C’est un état d’esprit ! Le créateur d’entreprise en est bien sûr l’emblème mais avant cela, c’est une démarche qui consiste à identifier ses envies, ses talents, en faire un projet, le porter et en mesurer les résultats. Cette démarche peut se vivre dans son entreprise ou celle d’un autre, dans une profession libérale, une association, un commerce, peu importe ! C’est une recherche d’accomplissement qui part du principe qu’on ne fait bien que ce qu’on aime et qu’on excelle quand il s’agit d’exécuter ses envies.

La culture entrepreneuriale vous semble-t-elle assez répandue en France ?

Elle ne l’était pas assez, mais cela a beaucoup évolué ces dernières années grâce au statut auto-entrepreneur, aux belles aventures entrepreneuriales dont on commence à entendre parler dans des livres ou des films, etc. L’image de l’entrepreneur s’est popularisée, on sent clairement un élan. D’ailleurs on crée en France près de 550 000 entreprises par an. En revanche, sur toutes ces entreprises, il n’y en que 1 000 qui dépasseront 50 salariés. Notre faiblesse entrepreneuriale est plus dans la croissance que dans la création.

Votre association s’adresse aux 13-25 ans. Pourquoi si tôt et que disent les entrepreneurs aux jeunes qu’ils rencontrent ?

En 3e, les élèves développent une certaine maturité sur ce qu’ils ont envie de faire, ils ont aussi un stage obligatoire et en seconde commence l’orientation. Donc c’est un bon moment pour se poser des questions, découvrir des secteurs d’activité et mettre en perspective les années d’études à venir. On les fait réfléchir sur leurs envies, ce que l’école ne fait pas assez.

On leur dit aussi que pour entreprendre, il faut parler et écrire parfaitement, être bilingue et savoir compter. Par des exemples très concrets, ils réalisent que ce qu’ils apprennent est important. Calculer un prix de revient devant un élève de 3e, c’est lui montrer pourquoi savoir utiliser une règle de 3 est crucial.

On leur donne aussi quelques clés pour leur orientation. On leur dit de s’accrocher pour faire le maximum d’études car les histoires des bons entrepreneurs autodidactes sont des vues de l’esprit. Faire de longues études, c’est maximiser ses chances de réussir.

Quels arguments fonctionnent le mieux auprès d’eux ? Quel est le public le plus réceptif ?

Ce qui les séduit le plus, c’est la liberté associée à cette idée d’entreprendre. Par opposition à tout ce qu’ils entendent sur la dureté du monde professionnel. Tous les jeunes sont réceptifs. Du côté des enseignants, certains le sont davantage, ce sont ceux des zones difficiles et des lycées professionnels, car ils doivent plus que les autres ouvrir des passerelles entre leurs élèves et le monde de l’entreprise.

Dans les classes, j’observe que ce sont les filles qui posent le plus de questions. Un travail sur la confiance en soi doit encore être fait car elles ont un a priori sur leurs capacités, mais les choses évoluent. Chez 100 000 Entrepreneurs, on a presque autant d’entrepreneurs femmes que hommes et il commence à s’écrire de belles histoires de femmes entrepreneurs.

Quelle confiance avez-vous en l’avenir entrepreneurial français ?

Les jeunes sont intelligents, ils savent ce qu’ils veulent et comprennent très vite. Ils sont très connectés, je trouve qu’ils en savent beaucoup plus que moi à leur âge, parce qu’ils ont cette capacité à s’ouvrir sur le monde. Alors j’ai confiance, c’est ce que je dis dans mon livre L’avenir à portée de main*. Mais il faut aussi qu’ils aient envie de construire quelque chose dans leur pays. Il faut donc qu’ils aient l’impression que la France leur offre un avenir et pour ça, il faut que notre pays s’affiche vraiment comme une terre d’entrepreneurs. C’est notre défi.

L'avenir à portée de main - Philippe Hayat

*Philippe Hayat, L’avenir à portée de main, Allary Editions, 2015

Visitez le site 100 000 entrepreneurs