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Inspirés des exemples allemands et scandinaves, les écoquartiers connaissent un véritable engouement en France. Bruno Lhoste, président de l’agence de conseil en développement durable Inddigo et co-fondateur du site eco-quartiers.fr, dresse un bilan de dix ans d’écoquartiers à la française.

Tout d’abord, qu’appelle-t-on exactement un "écoquartier" ?

Bruno Lhoste, co-fondateur du site eco-quartiers.fr

C’est un quartier qui applique des règles issues de l’écologie moderne. C’est du développement durable appliqué au secteur du logement et de l’urbanisme. En fait, il s’agit de penser la ville au lieu de la laisser évoluer "naturellement", au gré des programmes des investisseurs.

Cela veut dire plus d’écologie dans les habitations ?

Oui, mais pas seulement. C’est une notion qui a évolué avec le temps : les premiers écoquartiers sont apparus après la crise pétrolière, aux Etats-Unis, puis en Allemagne et aux Pays-Bas. L’accent était en effet d’abord sur la limitation de l’empreinte environnementale, réduire les consommations d’électricité et d’eau, privilégier la mobilité douce, les transports collectifs... Et puis le volet social et celui de la gouvernance ont été abordés dans un second temps de façon à favoriser le vivre ensemble, la mixité sociale. Les habitants ont été incités à participer à l’aménagement et à la gestion de leur quartier... Enfin, le volet économique, plutôt ténu au départ, a pris plus d’importance. Il applique des notions de croissance équitable, de circuits courts…

Quand le concept d’écoquartier a-t-il été introduit en France ?

C’est assez récent ! Les premiers écoquartiers français datent du début des années 2000. À Nantes et Grenoble, des élus se sont appuyés sur le programme européen Concerto. Le ministère de l’écologie a pris le relais en lançant en 2008 l’appel à projet Ecoquartiers. Ce fut un vrai succès, avec plus de 150 dossiers déposés. Le ministère a créé ensuite un label EcoQuartier. Fin 2014, 19 opérations avaient été labellisées et 53 projets reconnus comme répondant à la démarche.

Vous avez en tête un exemple d’écoquartier français emblématique ?

On dénombre des dizaines de projets intéressants. Certains écoquartiers ont été créés dans de grandes métropoles, d’autres en milieu semi-rural ou rural. Ou encore dans les DOM comme celui de la Ravine Blanche à la Réunion. Les écoquartiers les plus réussis sont ceux qui parviennent à s’inscrire de façon harmonieuse dans l’histoire du territoire et à se relier à la ville ou au village dans lequel ils s’insèrent. Il ne s’agit pas forcément d’être le meilleur sur tous les critères. La Zac de Bonne, qui a été livrée il y a 10 ans à Grenoble, constitue ainsi une sorte de prototype, l’ancêtre des écoquartiers à la française.

Avec le recul, quelles sont les conditions indispensables à la réussite d’un écoquartier ?

Evidemment, la performance énergétique et la mise en place de systèmes d’approvisionnement en chaleur performants sont des conditions sine qua non, puisque ce sont des exigences légales, qui se retrouvent aujourd’hui dans toutes les opérations. Je soulignerai en plus la mobilité douce, encouragée par des cheminements piétons et des voies cyclables, qui desservent des arrêts de tramway ou des gares. Cette mobilité réduit de manière drastique les pollutions et nuisances sonores… Quand on marche dans un écoquartier on "entend" la différence ! Et puis la réussite d’un écoquartier tient aussi à la facilité d’accès aux commerces et services, à la qualité de vie… A ce titre, la question de l’emploi et de l’activité économique sur le quartier prend elle aussi de plus en plus d’importance.

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