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En 2014, Béatrice Gherara lançait avec Elise et Raphaëlle Covilette, Kokoroe, une plateforme collaborative de cours particuliers et collectifs. Le principe : des cours à la carte, à l’envie, pour partager ses compétences et ses passions. Un objectif : "hacker le savoir" !

Votre naissance ?

Kokoroe est né d’une expérience vécue : Raphaëlle s’était rendu compte qu’il était quasiment impossible de trouver un professeur en dernière minute. Il fallait nécessairement s’inscrire dans un programme, commencer l’année à une date donnée… Impossible de réserver un cours comme on réserve une place de ciné. Elle était convaincue qu’il y avait là de la place pour innover. Et elle nous a convaincues, Elise et moi ! On avait pourtant chacune des carrières bien tracées et confortables, mais on a tout plaqué pour se lancer.

Tout s’est ensuite enchaîné très vite. Après une campagne de crowdfunding qui nous a donné des ailes, on a intégré l’accélérateur Microsoft Ventures Paris. C’est là qu’on a appris notre "nouveau métier" d’entrepreneuses et qu’on s’est familiarisées avec la technologie. Nous avons ensuite réalisé notre première levée de fonds, qui nous a permis de recruter des développeurs et de faire grossir notre communauté. Le tout en 18 mois. C’était une expérience "fast and furious" ! Aujourd’hui, 1 000 passions sont représentées sur le site et notre communauté compte 37 000 personnes actives.

Votre meilleur atout ?

C’est notre ADN : Kokoroe casse l’image institutionnelle et professionnelle du savoir. On est loin de la salle de classe, partager ses compétences et ses passions devient fun et collaboratif. Chez nous, ce n’est pas le diplôme qui fait le moine. La majorité de nos professeurs sont des particuliers qui veulent partager leur passion. Car on est convaincues d’une chose : il faut que chacun puisse hacker son éducation, en réservant des cours à la carte, à son rythme ! J’ai moi-même suivi une soixantaine de cours en 2016 : skateboard, photoshop, vidéo… Nous sommes toutes les trois les premières clientes de notre plateforme.

Votre plus gros challenge ?

Le plus gros challenge auquel on s’est confrontées au début de l’aventure a été de comprendre les codes du web alors qu’on venait d’horizons très différents : on a dû apprendre à créer un site internet et monter en compétences extrêmement vite.

Notre plus gros challenge à venir sera de continuer à faire grandir la communauté en conservant le même niveau de qualité, à tous les niveaux : que ce soient les modérateurs qui valident les cours, les community manager qui doivent rester ultra-réactifs… Notre stratégie de recrutement sera clé car à ce jour, c’est une équipe de passionnés qui vibre à 300% pour Kokoroe qui porte la plateforme !

Votre plus belle histoire ?

Deux histoires récentes au sein de la communauté m’ont beaucoup touchée.
La première, c’est celle d’une élève au chômage qui a pris une dizaine d’heures de cours d’informatique via Kokoroe et qui, à l’issue de ces cours, a trouvé un job dans une start-up. La seconde, c’est celle d’Isabelle, 65 ans qui a pris un cours de graffiti avec Joris, un jeune de 25 ans et qui nous a envoyé un mot pour nous en remercier ! Comme quoi, il n’y a pas d’âge pour être curieux et apprendre de nouvelles choses !

Votre meilleur allié ?

Je dirais que ce sont mes deux associées ! Pour une start-up, la route est longue : s’être engagées à trois dans cette entreprise est une grande force. On n’est pas seules, on confronte nos regards. Nous avons en plus la chance d’être liées par des liens d’amitié et de confiance qui préexistaient à Kokoroe, ce qui renforce encore l’intensité de l’aventure. On apprend pas à pas, mais on doit apprendre très vite et sous pression, il faut donc être solides.

Votre prochaine étape ?

On croit beaucoup à l’hybridité des savoirs et de l’apprentissage. La prochaine étape pour Kokoroe sera donc d’intégrer une solution de vidéo en ligne pour enrichir les interactions entre élèves et professeurs.
On vise aussi un développement à l’international, à Londres et Berlin d’ici la fin de l’année. Ce sont des marchés sur lesquels la "sharing economy" est déjà très développée.

Votre conseil aux start-ups qui se lancent ?

Le conseil qui nous aurait fait gagné 6 mois : "it’s better done than perfect", comme dirait Sheryl Sandberg, COO de Facebook. On a perdu beaucoup de temps lors de la sortie de la V1 du site. On cherchait à rendre la copie parfaite, alors qu’il faut tester un maximum de choses, puis itérer et s’appuyer sur les feedbacks de la communauté.

Votre vision des femmes dans l’entrepreneuriat ?

Au début, on n’avait pas du tout conscience qu’on était des "femmes entrepreneurs". On s’est petit à petit rendu compte qu’être une femme dans l’entrepreneuriat était une singularité. Mais les choses changent : même si les hommes sont encore plus nombreux, de plus en plus de femmes se lancent. Je donne des cours d’entrepreneuriat à Dauphine, et j’observe parmi mes élèves une véritable envie. Cela n’existait pas il y a quelques années. Je crois que si les femmes osent plus aujourd’hui, c’est grâce à tout l’écosystème qui s’est construit pour les accompagner : les structures d’incubation comme Paris Pionnières, où nous sommes actuellement, les mentors et modèles de l’entrepreneuriat comme Céline Lazorthes… De notre côté, on est heureuses si on peut, même à petite échelle, inspirer et donner envie d’entreprendre !