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La notion de partage est au cœur de l’économie collaborative. D’ailleurs, ne parle-t-on pas en anglais de "sharing economy" (économie du partage) ? Dans quelles conditions êtes-vous couvert ? Comment être bien protégé en cas d’incident ou de dommage ? Comment les assurances s’adaptent-elles à cette nouvelle donne ? Décryptage des nouveaux usages !

Assurance individuelle ou de la plateforme ?

Premier changement majeur induit par l’avènement de l’économie collaborative, le détenteur du contrat d’assurance n’est plus nécessairement celui qui se trouve au volant lors du dommage.

En effet, à partir du moment où vous louez occasionnellement votre véhicule à d’autres particuliers, l’historique du conducteur n’est plus connu à l’avance par l’assureur. Celui-ci ne peut donc plus fonder ses tarifs sur ce qu’il connaît du conducteur, mais doit se baser sur des projections. Le risque d’accident est donc plus difficile à évaluer, ce qui peut se traduire par la hausse de la tarification.

Dès lors, le modèle qui se développe en ce moment consiste à combiner l’assurance individuelle souscrite par le propriétaire du véhicule et l’assurance de la plateforme collaborative. Prenons le cas du voiturage. Dans le cadre d’un covoiturage avec partage de frais, l’assurance auto du conducteur fonctionne normalement : c’est la "responsabilité civile envers les tiers" qui permet de déclencher l’indemnisation. Certaines plateformes ont toutefois développé en parallèle un système d’assurance complémentaire, à l’image du partenariat qui lie AXA à Blablacar. Le contrat proposé inclut des garanties additionnelles telles que :

  • L’arrivée à destination garantie. En cas d’immobilisation du véhicule pendant le trajet, l’assurance prend en charge le remorquage et l’acheminement du conducteur et des passagers à destination ;
  • Le prêt du volant à un passager. Un coup de fatigue ? Le conducteur peut à tout moment prêter le volant à un de ses passagers, dès lors que celui-ci a son permis depuis plus de trois ans, sans craindre de préjudice. En cas de sinistre, l’assurance rembourse sa franchise "prêt du volant" à concurrence de 1 500€.

Autant de dispositions qui permettent de mieux protéger les "covoitureurs" et les "covoiturés" dans leur pratique quotidienne et face aux aléas éventuels.

Des contrats plus courts pour s’adapter aux nouveaux usages

Second changement majeur, la temporalité du contrat n’est également plus la même.

Auparavant, lorsque vous souscriviez une assurance habitation, celui-ci démarrait au moment de votre entrée dans les lieux et cessait de produire effet au moment de votre départ.

Aujourd’hui, la multiplication des locations saisonnières implique la mise en place d’assurances temporaires par le propriétaire. Il peut s’agir de contrats spécifiques ou d’options à souscrire au coup par coup. Il n’y a donc plus une, mais plusieurs offres d’assurances pour pallier à ces nouveaux usages.

Un risque d’ubérisation pour l’assurance ?

Dans son rapport de février 2016, le député de l’Ardèche Pascal Terrasse appelle à renforcer l’information relative aux assurances sur les plateformes du secteur de l’économie collaborative. En d’autres termes, ces plateformes doivent, selon lui, mieux "inviter les utilisateurs à vérifier dans quelle mesure leurs assurances personnelles couvrent l’usage envisagé", mais aussi donner "une information relative aux assurances proposées par la plateforme (couverture, prix)".

Voilà qui devrait favoriser l’apparition d’offres spécifiques de la part des assureurs, comme Axa avec Ma Mobilité Auto par exemple, dans un contexte où l’économie collaborative pourrait être tentée de trouver elle-même la solution à ses problèmes. On voit déjà émerger ici et là des assurances peer-to-peer (P2P) permettant de mutualiser le risque au sein d’une même communauté et de bénéficier d’un bonus en cash-back à la fin de l’année en l’absence de sinistre. Dans cette veine l’allemand Friendsurance ou l’anglais Bought by Many font figure de Start-ups pionnières de ce qu’on appelle "l’Insurtech".

Une tendance que les assureurs vont devoir anticiper au risque de se faire "ubériser" ? Quoiqu’il en soit, la protection est et sera un levier essentiel du développement de l’économie collaborative.