Publié le

L’école 42 est une école d’informatique gratuite, ouverte à tous de 18 à 30 ans même sans diplôme. Créée et financée entre autres par le fondateur de Free, Xavier Niel, l’école mise avant tout sur une pédagogie inspirée des valeurs du numérique. Rencontre avec Kwame Yamgnane, co-fondateur et directeur général adjoint de cette école d’un nouveau genre.

Sur les questions liées au numérique, l’école paraît à la traîne. Qu’en est-il ?

L’école a été conçue pour répondre à des problématiques de l’ère industrielle. Elle y a d’ailleurs parfaitement répondu puisque nous avons en France des entreprises exceptionnelles pilotées par des gens qui sont le top de ce que l’école a produit. A présent, elle a un peu de mal à s’adapter au passage à l’ère numérique, notamment parce que les valeurs du numérique sont nouvelles : l’innovation, la transversalité des savoirs et le travail en groupe. En terminale, travailler à deux s’appelle tricher. Dans la vraie vie, ça s’appelle collaborer. Les gens qui font l’école connaissent très bien toutes ces problématiques, mais c’est difficile de faire bouger les choses dans des structures aussi hiérarchisées.

Quelles conséquences ce retard a-t-il sur les élèves ?

Les plus impactés sont les digital natives (enfant nés dans l’ère numérique), qui décrochent du système parce qu’ils ne comprennent pas ce qu’on attend d’eux. Ils sont nés et ont grandi avec un iPhone mais le jour du bac, on leur retire leur outil. Face à ça, certains se sentent agressés. Dans une école comme la nôtre, ces jeunes peuvent s’exprimer et s’épanouir. C’est finalement ça, le but de notre métier.

Coder, ce n’est pas apprendre un langage de programmation, c’est acquérir la capacité à résoudre des problèmes.

Quelle place l’informatique doit-il prendre à l’école ?

Il ne s’agit pas de faire de tous les jeunes des développeurs, comme il ne s’agit pas de créer une société entière de mathématiciens. Mais faut-il leur apprendre à coder ? Oui. Coder, ce n’est pas apprendre un langage de programmation, c’est acquérir la capacité à résoudre des problèmes. C’est une manière de réfléchir qui permet de se réinventer tous les jours. On essaye, on chute, on réessaye. Le cœur du sujet, ça n’est donc pas le nombre de tablettes en classe, c’est de préparer des pré-ados à devenir citoyen du monde numérique.

Qui est justement ce citoyen du numérique ?

C’est celui qui comprend que le travail doit être d’une très grande précision. Si on demande à des ordinateurs de fabriquer des choses à notre place, comme par exemple un robot pour la chirurgie, on a grand intérêt à être précis. Il faut aussi travailler sur la capacité d’innovation de chacun, car l’innovation est naturelle à tous. Aujourd’hui l’idée n’est pas de dupliquer 4 Facebook par jour, c’est d’en inventer 4 nouveaux et pour cela, il faut une nouvelle manière de penser. Enfin, il faut apprendre aux gens à travailler en groupe. La co-création, c’est le futur, or l’école est encore loin de proposer cela. Aujourd’hui quand vous vous rendez en salle de classe, vous allez au théâtre et vous regardez la pièce. Nous, on vous demande de monter sur les planches et notre seul rôle, c’est de jouer les metteurs en scène.