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En 1984, France Gall n’hésitait pas à nous chanter "Débranche, débranche tout ! Revenons à nous"… Une injonction visionnaire puisque depuis quelques années, l’envie de lever le pied sur les nouvelles technologies progresse avec les "digital detox" : également appelées diètes numériques, ces cures représentent un marché florissant aux États-Unis. En France, si le secteur n’a pas encore explosé, il en suit toutefois le chemin :

L’hyperconnectivité remise en question

Le bruit du courriel notifié sur smartphone, puis celui du tweet, du message Facebook, et des dernières photos sur Instagram… Difficile de ne pas être constamment connecté. Aujourd’hui, toutes les enquêtes montrent que les Français cherchent à préserver des temps où ils ne seraient ni joignables, ni localisables. Parmi eux les cadres, qui sont nombreux à estimer ne bénéficier d’aucun droit à la déconnexion. Appels téléphoniques et sollicitations par emails au-delà du lieu et des heures de travail sont monnaies courantes et, selon l’étude Devotic*, ils sont 83% à considérer que les Technologies de l’Information et de Communication (TIC) "accroissent leur volume de travail" et 59% qu’elles contribuent à "rendre leur vie professionnelle plus stressante".

Prévenir l’épuisement professionnel et apprendre à faire un nouvel usage des outils numériques.

Naissance d’un marché

Conscients de la situation, thalassos et spas ont progressivement ajouté des diètes digitales à leurs prestations. Le Vichy Spa Hôtel Les Célestins encourage depuis quelques années ses curistes à remplacer leurs appareils par de la musique zen, des livres et un plan pour visiter la ville. L’objectif : "prévenir l’épuisement professionnel et apprendre à faire un nouvel usage des outils numériques". Des séjours similaires prospèrent du côté de Bordeaux et en Bretagne. Et même les hôtels de luxe, emplis d’hommes d’affaire ultra-connectés, s’y mettent : le Westin Paris Vendôme propose à ses clients de profiter d’une nuit sans portable mais avec des magazines "réels pas virtuels", précise l’hôtelier dont la formule atteint près de 500 € par personne. Le prix de la simplicité ?

Des espaces "digital free"

Heureusement, pas besoin d’aller à l’hôtel pour faire une pause digitale, il suffit de profiter des initiatives "digital free". À Paris, le Seymour+ est un espace de relaxation d’un nouveau jour : on y laisse le smartphone au vestiaire pour le remplacer par un stylo et une feuille et retrouver le plaisir de dessiner ou d’écrire, les pieds dans le sable ou au milieu de plantes. L’idée cachée derrière le projet : l’ennui est source de créativité.

Aux Etats-Unis, le "Camp Grounded" propose pour sa part une sorte de colonie de vacances pour adultes, sans internet, pour retrouver les joies simples de jouer, d’écrire une lettre, ou simplement de chatter… avec une personne en face de soi.

Mais l’ironie de l’histoire, c’est Apple qui nous l’offre. Consciente de la tendance, la marque à la pomme offre depuis peu la possibilité de programmer sur l’iPhone des périodes off pendant lesquelles ni les notifications, ni les appels ne pourront interrompre une conversation. L’occasion de rappeler qu’au-delà des écrans il y a une vie, et que chacun est libre de se débrancher pendant son temps libre, à moins d’être dépendant.

Et vous, pensez-vous avoir besoin cet été d’une petite cure d’internet ?


*Francis Jauréguiberry, Déconnexion volontaire aux technologies de l’information et de la communication, 2013. Consulter le rapport.