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Pas une semaine sans qu’un cas de cyber-harcèlement ne vienne alimenter les débats sur les risques d’internet. On parle pourtant moins souvent du phénomène inverse : les élans de solidarité et de générosité qui naissent sur les réseaux sociaux.

En réaction au hating(1) et au bashing(2), une pression contraire et bienvenue se généralise : la cyber-bienveillance, ou cybercare. Décryptage.

De la moquerie virale…

Vous avez peut-être vu ces images : en février 2015, Sean, un londonien en surpoids, est photographié en train de danser lors d’un concert. Comprenant qu’il est raillé par ceux qui tiennent l’appareil, il s’arrête, honteux. Banal phénomène de body-shaming(3), les auteurs publient sur un forum la photo au goût douteux… En moins de dix ans, les réseaux sociaux sont devenus des lieux d’expression de masse où la critique et la moquerie se généralisent, dans un sentiment d’impunité. Pour le rire et pour le pire, des blagues de cours d’école sont aujourd’hui partagées par des millions d’individus, comme en témoigne le succès phénoménal de l’application Gossip, qui permet de faire circuler anonymement des rumeurs.

… à l’empathie.com

Heureusement, la tendance inverse existe. Depuis quelques années, les médias témoignent d’une montée en puissance de la bienveillance comme aspiration collective. Le cyber-harcèlement devient une cause de première importance, encadrée par un plan d’action gouvernemental et soutenue par des médias, comme le blog Anti-bullying(4). En 2015, la LICRA et le Conseil de l’Europe lancent le premier symposium pour lutter contre les discours de haine sur internet et créent le site Nohateweb.

Heureux épiphénomène ? Pas tant que ça : de la surveillante d’école en pleurs à qui des internautes ont offert un voyage pour retrouver le moral, à la ville mobilisée pour fêter l’anniversaire d’un enfant autiste "snobé" par ses camarades, chaque jour, l’empathie prend un peu plus de place sur le net. Et qu’est devenu notre danseur malheureux ? Sa photo a suscité une vague d’indignation des internautes, qui se sont mis en quête de la véritable identité du "Dancing Man". In fine, le 23 mai, une grande fête a eu lieu en son honneur à Los Angeles, avec Moby en DJ, et Pharrell Williams et Dita Von Teese comme soutiens. La fête a permis de récolter 70 000 euros pour "Cybersmile", une association de ce qu’on peut donc appeler le "cybercare", tandis que Sean, lui, dansait toute la nuit sans se soucier des moqueries.

Parallèlement à cette lutte contre la cyber-haine, internet revient à son fondement même selon le sociologue Dominique Cardon, auteur de La Démocratie sur internet : l’entraide, le don, l’échange de conseils et de services. En témoigne la création en 2007 de change.org, la plus grande plateforme mondiale de pétitions en ligne, ou plus récemment du site de mobilisation citoyenne, Fullmobs. Dans cette nouvelle ère qui valorise les modèles collaboratifs, les réseaux sociaux deviennent donc naturellement la caisse de résonnance virale des phénomènes de solidarité collective, que ce soit pour lutter pour de grands principes ou défendre des particuliers.

(1) Fait de haïr ouvertement
(2)Fait de médire et de rabrouer
(3) Raillerie sur le physique
(4) Lutte contre le harcèlement

Accéder au site cybersmile.org (en anglais)