Publié le

Plus gros pollueur de la planète avec 25% des émissions de gaz à effet de serre, la Chine tente de se soigner de son addiction au charbon. Elle est aujourd’hui le premier investisseur mondial dans le solaire et l’éolien. Au point de devenir un moteur de la lutte mondiale contre la pollution ?

En guerre contre la pollution

Les images montrant Pékin suffoquant, enveloppée dans un épais brouillard polluant, les piétons portant des masques, sont bien connues. Près de 80% des villes chinoises auraient largement dépassé le taux toléré de pollution aux particules fines fixé par l’OMS. En novembre 2015, la ville de Shenyang aurait eu "d’histoire d’homme" la pire qualité d’air en Chine, avec un taux de microparticules 50 fois supérieur à la limite de santé fixé par l’OMS. Le responsable : le charbon. En 2013, le pays a brûlé plus de cette énergie fossile particulièrement polluante que le reste du monde réuni, et constitue, aujourd’hui encore, 60% du mix énergétique du pays.

Mais la Chine a pris conscience de la gravité de la situation. En témoigne notamment un documentaire critique évoquant la piètre qualité de l’air qui a été visionné par plus de 200 millions de Chinois. "Sous le dôme", variation chinoise de "Une vérité qui dérange", a même été cité en exemple par le ministre de l’environnement… avant d’être subitement censuré.

Une enquête sur la pollution en Chine de Chai Jing.

Des déserts couverts de panneaux solaires

Mais la pression politique est enfin à la dépollution. En 2014, l’Empire du Milieu a investi 89,5 milliards de dollars dans les énergies renouvelables, soit une hausse spectaculaire de 32% en un an. Il a réalisé à lui seul plus du quart des investissements mondiaux dans le solaire. Plusieurs de ses déserts sont aujourd’hui tapissés de panneaux solaires. Un exemple ? Au Nord du pays, dans le désert de Gobi, le parc solaire de Gao Tai devrait atteindre 319 kilomètres carrés, soit trois fois la superficie de Paris. Entré tardivement sur le marché des énergies vertes, le pays rattrape son retard en un temps record. En dix ans, entre 2004 et 2014, l’investissement cumulé de la Chine (388 milliards) dans les énergies renouvelables a dépassé celui des Etats-Unis (346 milliards). Le pays possède aujourd’hui 109 gigawatts (GW) d’installations éoliennes et solaires contre 78 GW aux Etats-Unis.

Nous ferons la guerre à la pollution comme nous l’avons faite à la pauvreté.
Li Kekiang, premier ministre.

En route vers la COP 21

C’est bien là tout le paradoxe de la Chine, encore aujourd’hui plus gros pollueur de la planète, chef de file des 134 pays en développement et émergents, mais qui semble avoir pris conscience des enjeux. Lors d’une visite à la Maison blanche, en septembre 2015, Xi Jinping a annoncé la création d’un marché de quotas de CO2 dans son pays à l’horizon 2017. Toujours dans le même sens, le président chinois a accepté, cet automne, de s’engager sur un projet d’accord contraignant pour le climat. La déclaration, commune avec la France, signée le 2 novembre par Xi Jinping et François Hollande, impose notamment un mécanisme de réduction des émissions de gaz à effet de serre tous les cinq ans. Selon le premier ministre chinois, son pays a bien un "devoir envers l’humanité" de limiter sa pollution et d’ "opter pour un système économique renouvelable".

Pour autant, la longue marche vers un pays plus écologique promet d’être éprouvante : les officiels de l’Empire du milieu ont récemment reconnus que leur pays avait sous-estimé de 17% la consommation de charbon, brûlant 600 millions de tonnes de plus que prévus. Une mauvaise nouvelle ? Certes. Mais le fait qu’elle soit publiquement reconnue par le Parti témoigne d’une attitude nouvelle et nettement plus éco-responsable…