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Les nouvelles technologies "Big Data", capables de brasser de grandes quantités d’informations et d’en tirer des analyses et des prédictions, sont d’un très grand secours face aux catastrophes naturelles, de plus en plus fréquentes sur la planète. Explications.

"Lorsqu’une catastrophe survient, il est aussi important d’avoir accès à l’information que d’avoir à manger et à boire. (…) Aujourd’hui, les ONG doivent relever un défi majeur : l’avalanche de données en provenance des populations touchées". Ce rapport de la Croix-Rouge le montre : l’aide humanitaire n’échappe pas à la révolution du Big Data.

Face aux séismes, tsunamis et autres cyclones meurtriers, les dernières innovations technologiques sont en effet d’un très grand secours. Les catastrophes naturelles, de plus en plus fréquentes (voir graphique), ont des conséquences dévastatrices. L’Ouragan Katrina, qui a secoué la Louisiane en 2005, a ainsi provoqué plus de 1 800 morts et 140 000 sinistrés – sans oublier le bilan économique lourd : 80 milliards de dollars de pertes directes, et 105 milliards de dollars de perte de PIB dans les sept années qui ont suivi. Que dire aussi du tsunami au Japon (2011) et du typhon Haiyan aux Philippines (2013) qui ont fait chacun des dizaines de milliers de victimes ?

Lorsqu’une catastrophe survient, il est aussi important d’avoir accès à l’information que d’avoir à manger et à boire.

Permettre le "secours 2.0"

Mais à quoi peuvent bien servir les serveurs informatiques et les logiciels lors de tels drames ? Ces outils permettent de collecter et d’analyser en temps réel des milliers de données provenant du terrain : bulletins sanitaires, paramètres météorologiques, alertes émises par les ONG locales… mais aussi et surtout la gigantesque masse d’informations générée par les habitants eux-mêmes, appelé aussi crowdsourcing – sur les réseaux sociaux comme Twitter ou Instagram, sur les blogs persos ou via les applis qu’ils utilisent sur leurs smartphones. Le crowdsourcing fournit ainsi des indications précieuses pour mesurer l’étendue des dégâts, identifier les besoins les plus urgents et prioriser les actions. Il y a cinq ans, à Haïti, l’analyse des réseaux sociaux permettait déjà de localiser des personnes prises sous les décombres du tremblement de terre et des groupes de réfugiés en situation critique.

C’est donc fort logiquement que des petits génies du web 2.0 ont su tirer parti de la puissance du numérique pour réinventer la cartographie d’urgence, à l’image de la société kenyane Ushahidi ("témoigner" en swahili). Grâce au logiciel gratuit et open source développé par cette startup africaine, les citoyens du monde entier peuvent signaler et géolocaliser des situations de crise, par SMS ou via le web. Le service a été mis à contribution avec succès lors des séismes en Haïti et au Pakistan et pendant le tsunami au Japon. Grâce à ces cartes "collaboratives" mises à jour en temps réel, les équipes médicales et les ONG peuvent constater l’étendue des catastrophes, repérer plus précisément les besoins immédiats et amener la nourriture et les médicaments à bon port pour les stocker dans les emplacements les plus judicieux (entrepôts, hôpitaux…).

Témoignages sur l'utilisation d'Ushahidi lors de la tempête en Haïti (en anglais)

Mieux prévoir l’accident et ses conséquences

Le champ d’application du Big Data, ce n’est pas seulement l’aide d’urgence. Leur intérêt est également prospectif, voire prédictif. Les supercalculateurs informatiques sont en effet capables de brasser des millions de données (météorologiques, géologiques, etc) et de les modéliser pour anticiper les catastrophes naturelles futures, prévoir leur gravité et faciliter la mise en place de "plans de résilience" pertinents. Les calculs de l’institut américain USGS concluent ainsi à une forte probabilité de séisme à Los Angeles dans la décennie à venir. L’organisation a réalisé des projections sur la détérioration des moyens de transport et des réseaux électrique et gazier lorsque le tremblement de terre se produira. Ses experts prédisent que les aqueducs qui alimentent la mégalopole en eau ne supporteront pas le choc et que la ville devra puiser dans ses réserves en eau, qui lui permettent de tenir seulement six mois. Or la reconstruction des aqueducs prendra un an et demi… Des investissements préventifs sont donc nécessaires pour pallier ce risque. La balle est dans le camp des politiques, mais ces derniers rechignent à grever leur budget pour un événement hypothétique… du moins pour l’instant.