Publié le

La vague de chaleur de cette semaine constitue une des manifestations du dérèglement climatique. Faut-il s’habituer au vrombissement des ventilateurs et des climatisations ? Faut-il accepter ces changements comme un destin ? Les explications de l’américain Maxx Dilley, directeur de la branche Prévisions et Adaptation à l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) qui dépend de l’ONU.

La canicule que nous connaissons actuellement en Europe est-elle alarmante ?

Pour les européens, c’est un rappel de l’urgence de la situation du dérèglement climatique. Les températures sont inhabituellement élevées pour un début d’été. Je travaille en Suisse, à Genève, et on prévoit autour de 35°C pour cette semaine. C’est très rare en cette période de l’année. Maintenant, est-ce que cette canicule est une conséquence directe du réchauffement de l’atmosphère ? Difficile à dire, le climat s’analyse dans le temps long, il peut y avoir des écarts ponctuels : par exemple, l’hiver dernier a été extrêmement rude sur la Côte Est des Etats-Unis

L’Europe va désormais connaître deux canicules par décennie, contre deux par siècle auparavant…

Il est vrai que les vagues de chaleur deviennent beaucoup plus fréquentes. Celle de 2003 a fait des dizaines de milliers de victimes en Europe de l’Ouest, en particulier en France. Celle de 2010 a également fait des ravages, notamment en Russie, et provoqué des incendies dans la région de Moscou. Le réchauffement climatique se traduit non seulement par une hausse des températures moyennes, mais aussi par des variations plus extrêmes.

Des experts estiment que 2015 pourrait être l’année la plus chaude jamais enregistrée. Vous confirmez ?

Si la tendance actuelle se poursuit, cela pourrait bien être le cas. 2014 était déjà une année historique de ce point de vue… Ces records inquiétants qui se succèdent constituent un signe, un indice du constat essentiel : la hausse continue des températures moyennes, décennie après décennie, sur l’ensemble du globe.

Quelles activités humaines contribuent le plus au changement climatique ?

Le taux de concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère a récemment dépassé les 400 parties par million, un niveau historique. Les émissions de carbone proviennent avant tout de la production d’énergies fossiles : en gros, les industriels prennent du carbone stocké depuis des millénaires sous forme de charbon ou de pétrole et le libèrent sous forme de gaz. La demande énergétique a bondi depuis la révolution industrielle, or les énergies fossiles représentent environ 80% de la production. Le défi consiste donc à réduire drastiquement l’exploitation de ces énergies polluantes. Nous sommes engagés dans une véritable course contre la montre. Même si nous parvenons à stabiliser les émissions, cela prendra des décennies, voire des siècles, pour que l’atmosphère trouve un nouvel équilibre.

On ne peut qu’être pessimiste ?

Une négociation très importante se profile au mois de décembre, à Paris, dans le cadre de la convention des Nations-Unies sur le changement climatique. Les pays vont tenter d’arracher un accord sur les mesures à prendre pour limiter le réchauffement à 2°C au-dessus du niveau préindustriel. Ces discussions s’annoncent difficiles et rien ne garantit qu’elles aboutiront (*).

Des raisons d’espérer ?

Il y en a. Si le coût des énergies solaires et éoliennes continue de chuter, comme ça a été le cas ces dernières années, la transition énergétique pourrait vivement s’accélérer. Des pays comme le Danemark, l’Espagne, le Portugal et l’Allemagne sont en train de montrer la voie. La transition pose d’autres défis, car ces technologies dépendent du soleil et du vent et ont donc une production très variable. Pour les opérateurs des réseaux électriques, c’est beaucoup plus complexe à gérer qu’une production stable provenant d’une centrale.

Quel rôle peuvent jouer les pays émergents dans cette "course contre la montre" ?

Ces économies, qui consomment pour l’instant peu d’électricité, devront être en mesure d’emprunter un chemin de développement basé directement sur les énergies renouvelables, sans passer par des phases de consommation intensive de carbone. Les transferts de technologie de la part des pays industrialisés vont jouer un rôle crucial. L’OMM et ses partenaires ont lancé un programme visant à faciliter l’adoption des énergies renouvelables dans les pays en développement. Nous compilons des données historiques et délivrons des analyses pour les aider à planifier leur production. Le partage de connaissance est une nécessité. L’avenir de notre planète est en jeu.

(*) Le jour-même de l‘interview, le 30/06/2015, la Chine présentait sa contribution à Paris.

Vos informations ne seront pas utilisées à des fins de sollicitations commerciales