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Surmenage, multitasking et burn-out sont des maux connus du travailleur moderne. Christian Bourion, chercheur en sciences économiques et spécialiste de la gestion du travail, enquête depuis 5 ans sur le phénomène inverse : le bore-out, ou l’ennui au travail. Un syndrome qui toucherait 30% des salariés.

Comment avez-vous découvert le phénomène du bore-out ?

En 2011, je travaillais sur la souffrance au travail et pour moi, comme pour tout le monde, elle était associée à un surplus de travail. Je concentrais donc mes recherches sur le terme de "burn-out". Et puis, à cause d’une simple faute de frappe, je suis tombé par hasard sur le terme "bore-out", des occurrences qui venaient principalement d’Allemagne. Je me suis alors intéressé à ce phénomène en France, en enquêtant notamment sur les forums. C’était l’arbre qui cachait la forêt : je suis tombé sur des milliers de témoignages du type "je m’ennuie à mourir au travail", signes d’un phénomène bien plus important que le burn-out mais dont on ne parlait pas ouvertement. Et pour cause : l’inactivité est perçue comme honteuse dans une société touchée par le chômage, alors que la suractivité est valorisée. Il y a tout un tabou à lever.

Que recouvre précisément ce syndrome ?

Quelle est la cause du bore-out ?

Il résulte de différents facteurs. Les améliorations technologiques, la réorganisation des métiers, la parcellisation des tâches ou les baisses d’activité liées à la crise, ont fait que certains postes de travail se sont peu à peu vidés de leur substance pour se remplir de tâches peu nombreuses, inintéressantes voire inexistantes. Ils vont donc mettre en place des stratégies d’étirement des tâches et d’occupation des temps mort (chat sur internet, discussions avec les collègues) qui accentuent encore le sentiment d’inutilité et d’ennui.

Qui est concerné principalement ?

Les premiers métiers touchés sont ceux de la surveillance : gardiens, policiers, agents de sureté, hôtes d’accueil… Des fonctions de présence où tout va bien quand il ne se passe rien. On observe aussi une forte présence du syndrome chez les fonctionnaires et dans certaines professions tertiaires. Mais globalement, c’est 1 salarié sur 3 qui est touché par le manque d’activité, et personne n’est à l’abri.

Comment soigne-t-on le bore-out ?

En parler est déjà une bonne chose. Ce syndrome commence à se faire connaître dans les entreprises. Au niveau des pouvoirs publics, il y a sans doute du chemin à faire quand on sait que même le burn-out n’est pas reconnu comme une maladie professionnelle.

Ce qui est certain, c’est que les méthodes "classiques" ne marchent pas : si l’arrêt de travail est une bonne solution pour le burn-out, dans le cas du bore-out, il prive le salarié du peu d’activité qui lui restait ! Seule l’augmentation d’activité peut vraiment améliorer l’état du salarié. Cela passe déjà par plus de souplesse et d’agilité des entreprises, pour décloisonner les fonctions et redonner plus de place à l’individu.

Le bore-out syndrome. Quand l’ennui au travail rend fou. 176 p., Albin Michel, 2016