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BlaBlaCar est devenu en quelques années le leader mondial du covoiturage, présent dans 22 pays et comptant plus de 25 millions d’utilisateurs. Romain Fau, General Manager France, Benelux et Iberia de la "licorne" parisienne, parle de notre future mobilité.

Blablacar est présent dans 22 pays et compte plus de 25 millions d’utilisateurs : votre modèle est déjà bien rodé ! Quels sont les axes de développement sur lesquels vous travaillez aujourd’hui ?

Précisons tout d’abord que la part du covoiturage dans les trajets automobiles reste faible... Beaucoup de conducteurs roulent encore seuls en France. Notre objectif est donc de les sensibiliser aux attraits du covoiturage. Nous travaillons donc sans cesse à l'amélioration de l'expérience utilisateur et la construction de la confiance au sein de la communauté. Par exemple, nous avons développé "Who’s in the car", une fonctionnalité qui assure au conducteur que la personne réservant sa place sera bien celle présente au rendez-vous. Côté passager, l’option "2 Max à l’arrière" garantit désormais qu’il n’y aura que 2 passagers sur la banquette arrière. Nous avons aussi développé Ride Map. Cette fonctionnalité permet de localiser le point de départ des différents covoitureurs, afin de faciliter la rencontre en début de trajet…

On voit éclore de plus en plus de services issus de "l’économie d’usage", où l’on accède à un service plutôt que de posséder un bien. C’est le cas par exemple de l’Autolib’. Le développement de cette tendance a-t-il un impact sur votre activité ?

BlaBlaCar fait plutôt partie de l’ économie du partage. Mais oui, nous nous inscrivons dans cette tendance de l’automobile "comme service" : son usage devient plus important que sa possession. Les propriétaires de véhicules envisagent bien plus naturellement aujourd’hui de partager un trajet pour réaliser des économies et passer un voyage agréable.

General Motors vient d’investir 500 millions de dollars dans Lyft, un concurrent d’Uber souhaitant lancer une flotte de voitures autonomes. Comment percevez-vous cette nouvelle mobilité ?

Nous ne sommes pas du tout positionnés sur ce marché plutôt comparable à celui des taxis : avec BlaBlaCar, nous sommes sur de plus longues distance (entre 100 et 600 km) et sur un partage des frais, ce qui n'est pas le même modèle économique. Ces acteurs sont des services à la demande, c’est-à-dire que les trajets sont créés par les clients qui ont besoin de se déplacer. A l’inverse, sur BlaBlaCar, ce sont les conducteurs qui proposent leurs places disponibles pour des trajets qu’ils font de toute manière pour leur propre compte.. Mais une chose est certaine, avec ou sans Lyft, la voiture sans conducteur va se généraliser d’ici une dizaine d’années car la technique est au point.

Alors comment vous voyez vous BlaBlaCar dans un monde de voitures autonomes ?

En réalité, cela ne devrait pas changer notre service. Le cœur de notre activité c’est de mettre en relation des passagers et des conducteurs pour partager ensemble un trajet et les frais qui y sont associés. Ce besoin continuera à exister, même avec une voiture autonome. En effet, le trajet coutera toujours de l’argent et on aura sans doute encore plus envie de compagnie, puisque l’on n’aura plus à s’occuper de la conduite ! Il ne faut pas oublier qu’une grande partie du succès de BlaBlaCar réside dans le côté "social" : on rencontre de nouvelles personnes, le temps d’un voyage. Et ça, la technologie, aussi innovante soit-elle, ne le remplacera pas.