Publié le

Un de vos proches souffre de problèmes cardiaques, de troubles alimentaires ou de la maladie d’Alzheimer ? Son bien-être passe peut-être par le musée…

Une cuillérée de Louvre et deux comprimés de MoMa

L’art serait bon pour la santé. Aux Etats-Unis et au Canada, le petit monde des conservateurs de musées en est en tout cas convaincu. Dans une étude d’une trentaine de pages publiée récemment, l’Alliance américaine des musées conclut que l’art contribue à atténuer ou à soigner de nombreuses pathologies : autisme, troubles de l’alimentation, troubles mentaux, voire maladie d’Alzheimer... Une piste qui donne de l’espoir aux 5 millions de personnes souffrant de cette maladie neuro-dégénérative aux Etats-Unis.

Plusieurs musées ont donc récemment développé des partenariats avec des associations de malades : pionnier en la matière, le MET lui ont emboité le pas, en proposant des visites guidées et des travaux manuels encadrés par des professionnels de ce qu’il est convenu d’appeler "l’art-thérapie".

Les gens vont mieux parce qu’ils sont dans une pratique socialisante qui valorise leur parole et leur action.

Rendez-vous aux musées-cliniques ?

"En art-thérapie, certaines pratiques visent à améliorer le bien-être des patients. D’autres tiennent lieu de médication", souligne Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). "L’art fait du bien. Il s’adresse à vos connaissances intellectuelles mais aussi à votre sensibilité, à vos tripes".

Et tout cela est scientifique et sérieux, puisque cette conservatrice de musée a lancé toute une batterie de projets de recherches en partenariat avec des universités et des hôpitaux de la ville. Le musée travaille notamment sur l’autisme, l’amélioration de la fréquence cardiaque, les troubles alimentaires et la prévention de la violence et de l’intimidation à l’école. Des "marathons santé" ont même vu le jour à destination des personnes âgées ou convalescentes. "Dans la majeure partie des lieux culturels -au théâtre, au cinéma- les visiteurs sont assis. Au musée, en revanche, on est debout et l’on marche beaucoup. D’où l’idée de créer des parcours santé pour des patients affectés de différentes pathologies" poursuit Nathalie Bondil.

La France, entre enthousiasme et prudence

A Paris, sous l’impulsion de l’association Artz (créée en 2007 dans le sillage du MoMa), des musées majeurs - le Centre Pompidou - ont mis en place des programmes à destination de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

"Nous utilisons le medium de l’art car c’est un facteur de dignité pour des personnes qui ont une image très négative d’elles-mêmes. Au stade modéré de la maladie, nous pouvons réduire les symptômes associés aux troubles psycho-comportementaux (apathie, anxiété, inhibition, répétition) en stimulant les fonctions cognitives", précise Cindy Barotte, la directrice de l’association Action culturelle Alzheimer.

Du côté des musées, on tient cependant à rester prudent : "Les gens vont mieux parce qu’ils sont dans une pratique socialisante qui valorise leur parole et leur action. Mais, nous n’avons pas la prétention de faire reculer la maladie. Nous ne sommes pas thérapeutes" précise-t-on du côté de la direction des "publics empêchés" du Grand Palais.

Même prudence du côté du musée du Louvre, qui ne souhaite pas donner de faux espoirs de rémission : il s’agit davantage de mieux vivre sa maladie. C’est dans cette optique que le musée a signé en novembre dernier un partenariat de 3 ans avec l’Assistance publique et les Hôpitaux de Paris. Cet accord vise à "offrir à ceux qui en sont empêchés le plaisir de contempler les œuvres du Louvre pour oublier la maladie grâce à l’art" par l’entremise notamment d’une artothèque : un fond de reproductions pour amener les œuvres au plus près des patients. Le centre hospitalier Charles-Foix d’Ivry sur Seine jouera pendant un an le rôle d’hôpital-pilote.