Publié le

400 ans. Voici le nombre d’années nécessaires à une bouteille en plastique jetée dans la nature pour se décomposer. Soucieuse de préserver l’environnement, Algopack fabrique et commercialise un matériau rigide à base d’algues brunes et de déchets industriels qui remplace cette matière chimique polluante. Rémy Lucas, créateur et dirigeant de cette entreprise bretonne, revient sur le procédé multi-récompensé qu’il a mis au point en bricolant dans son garage. Interview.

Comment l’idée de remplacer le plastique par des algues est-elle née ?

Rémy - Algopack

Cette idée est née de ma double casquette ! Je suis issu d’une famille de goémoniers, c’est-à-dire de pêcheurs spécialisés dans la récolte des algues marines, et ai été cadre pendant plusieurs années dans un grand groupe de l’industrie plastique. En étudiant les algues, j’ai découvert qu’elles possèdent un polymère naturel qui, transformé, permet de remplacer le plastique. Je ne vous cache pas que j’ai mis quelques années à trouver comment passer de la théorie à la pratique ! Mes débuts ont été très difficiles. Pendant 10 ans, j’ai bricolé dans mon garage. Algopack a fini par voir le jour en 2010 et décolle vraiment depuis un an. Nous sommes actuellement 4 salariés.



En quoi les algues constituent-elles un substitut intéressant au plastique ?

Contrairement au plastique qui est une matière chimique polluante, les algues sont des êtres vivants qui permettent de capter 960 kg de CO2 à la tonne. Non seulement la culture du bioplastique ne pollue pas mais en plus elle participe activement à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Qui plus est, les composants que nous fabriquons à partir de cette matière sont entièrement recyclables, ce qui n’est pas le cas du plastique qui constitue une vraie catastrophe écologique pour les océans. On estime que 500 kg de plastiques rigides et semi-rigides sont jetés à la mer toutes les secondes, vous vous rendez compte ?

En prélevant des algues, ne risquez-vous pas de contribuer à la désertification des océans ?

La stratégie d’Algopack vise à préserver la biodiversité, pas à la détruire ! Nous ne ponctionnons pas les algues dans leur élément naturel mais utilisons des algues brunes non invasives cultivées à St-Malo, en Europe du Nord, au Chili et en Asie. Ces algues ne nécessitent aucun intrant (ni pesticides, ni engrais ndlr) et réclament très peu d’eau pour se développer. En poussant, elles renvoient de l’oxygène en mer, ce qui favorise le développement du plancton. En bref, nous avons tout intérêt à voir la culture d’algues coloniser les océans.

Quels sont les domaines d’application d’Algopack ?

Le champ des possibles est énorme ! Pour le moment, nous nous concentrons sur les jouets, les emballages alimentaires dont les gobelets, l’électronique via les coques de clés USB, les composés automobiles, les cartes, en format carte bancaire, le secteur de la signalétique avec les panneaux indicateurs ou encore les montures de lunette…

Votre succès signifie-t-il que la prise de conscience augmente, y compris au sein des grands groupes ?

Les grands groupes sont de plus en plus nombreux à intégrer des démarches de RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) pour réduire leur empreinte carbone. Néanmoins, la prise de conscience viendra surtout du consommateur qui n’aura bientôt plus le choix. Les générations à venir devront opter pour des produits respectant la biodiversité. Ces dernières vont nous traiter de criminels. Il est grand temps de nous regarder dans un miroir et de réfléchir à la planète que nous souhaitons laisser en héritage à nos enfants. C’est justement pour cela que j’ai quitté mon emploi confortable et tout investi pour créer mon entreprise.

Algopack Les Algues Enjeux de Transition Ecologique

Algopack, une entreprise soutenue et multi-récompensée

Algopack a reçu les trophées Crisalide Eco Activités, le Grand Prix Business Durable Chimie Verte, le prix Innovabio et le trophée de l’économie circulaire de la Mairie de Paris, mention lutte contre le dérèglement climatique. Elle est soutenue par la Fondation Nicolas Hulot.